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- Je sais que tu me haïras pour cela, lâcha-t-elle d'une voix neutre, comme si elle avait pu lire dans ses pensées moroses – comme avant, sur la Planète bleue.
Il se demanda vaguement pourquoi elle ne tentait pas de le convaincre de rester sans elle. Sans doute, aujourd'hui comme toujours, ne souhaitait-elle pas s'embarrasser de masques grotesques sinon inutiles. Il se releva avec lassitude, le cœur brisé. Elle haussa un sourcil parfaitement dessiné, lui tendit les deux mains. L'albinos accorda un regard aux deux choses qui les encourageaient. A présent, leur visage paraissait serein et aimant. Uriel se demanda vaguement s'il parviendrait un jour à pardonner Mallaurie et sa propre fille de ce qu'il était obligé d'accomplir. Car sans doute n'étaient-ils pas pour rien dans ce qui se passait. Il revint à ses traits à elle. Comme à l'époque de la conception de Clio, il y trouva le défi de ceux que l'âge n'a pas encore changés. Cela lui donna la force de se comporter comme avec leur enfant, comme avec elle, aussi, depuis leur arrivée, du temps où le brouillard dans sa tête le protégeait encore. Il opéra le premier pas en arrière. Elle l'imita. Tous deux bondirent tels de jeunes chevreuils, en un mouvement parfaitement surnaturel. Lorsqu'ils furent suffisamment loin, ils se mirent à courir l'un vers l'autre, l'air vengeur et déterminé. Lorsqu'ils se percutèrent, ils fusionnèrent en une sensation de chute qui leur arracha un unique hurlement, puis la lumière les aveugla pendant un court instant.
Mallaurie et Clio s'étaient vautrés dans de grandes banquettes qui se faisaient face. Ils avaient discuté pendant des heures. Ils savaient à présent absolument tout l'un de l'autre, dans les moindres détails. A présent ils s'observaient en chiens de faïence, depuis que la jeune femme s'était réveillée d'une courte absence, dans laquelle la tension avait fini par l'enfoncer. Un court silence s'ensuivit, puis il se racla la gorge, pour lui demander comment elle se sentait.
- Je vais bien, fit-elle d'une voix si faible qu'elle s'en effraya elle-même.
Elle lui fit signe de la suivre, qu'elle avait besoin de délier ses longues jambes parfaites. Elle se sentait mal à l'aise et pas seulement parce qu'elle était coincée sur un bâteau dans une réalité alternative sans rien à faire et nulle part où aller. Elle s'adossa à la paroi de bois riche, obligeant le rouquin qui la suivait à s'arrêter devant elle.
- J'aurais préféré ne pas me rapprocher de toi au point d'avoir à ressentir le besoin de te dire ça, Mallo.
Seulement c'était le cas. Il avait dédié sa vie à petite jeune femme, ces derniers jours, en l'absence de ses deux parents, qui peut-être, ne reviendraient jamais. Sa dévotion les avait surpris tous deux, mais il avait été incapable de s'en empêcher.
- Maman ne t'aimera jamais comme elle aime mon père, poursuivit-elle, tu le sais parfaitement au fond de toi, mais sache que ce n'est pas qu'un fantasme que tu aurais créé tout seul. Tu mérites mieux que ça, vraiment, Mallaurie.
L'homme se tint le ventre, où une boule venait de se former aussitôt, dure comme le béton de la douleur qu'il occultait depuis bien longtemps. C'était une chose de connaître les données de la partie, c'en était une autre de se les entendre expliquer par Clio, à propos de sa propre mère, qu'elle aimait plus qu'elle-même, il en était bien conscient. Il réalisa en arrière plan qu'elle devait l'aimer très fort lui aussi, pour avoir de telles paroles en ces circonstances. Il contracta les mâchoires, puis fit signe que c'était bien compris.
- Tu es parfait, tu peux trouver une femme qui t'aime, plus jeune qu'elle, qui fera n'importe quoi pour partager une nuit dans tes bras, puis la vie auprès de toi.
- Tais-toi, petite, gronda le rouquin, les surprenant tous deux.
Contrairement à ce à quoi il s'était attendu, elle ne parut pas blessée. Elle hocha gravement la tête. Puis tout se mit à trembler autour d'eux. Sans mot dire, il s'avança et elle recula. Il la protégea de ses deux bras musclés. La lumière les enveloppa. Puis ils se retrouvèrent dans la rue à trembler près de la voiture. Ils mirent quelques secondes à réaliser ce qui venait d'arriver. Puis sans un mot, tremblants tous les deux, ils gagnèrent le véhicule où ils s'enfermèrent avec empressement, pour la première fois en plein jour ce qui les aurait désolés, s'ils avaient eu les idées suffisamment claires pour le remarquer.
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