
Depuis la dispute Lucas n’avait pas eu de nouvelle de sa femme. Il dut reconnaître qu’il en était plutôt heureux, la voir aussi souvent l’étouffait. De plus il trouvait ça malsain de nouer des relations avec un bifteck, même s'il ne pourrait le manger que dans quelques mois. Il profita de cet espace de liberté pour rejoindre Lola, ça faisait trop longtemps qu’il n’avait pas compté fleurette à la jeune démone. Il était résolu à rattraper le temps perdu, histoire de dérouiller ses techniques de séduction. Elle n’était pas loin de céder quand un soldat les dérangea, ce qui mit le roi de très mauvaise humeur. Il murmura entre ses dents
- Tu as intérêt à que ce soit sérieux pour me déranger maintenant. C’est ta vie que tu joues, alors réfléchis activement avant de parler. Bien qu’il se soit adressé au fantassin Lucas n’avait pas quitté la vampire des yeux, il fut ravit de constater le plaisir évident que sa remarque avait fait naître dans ses prunelles. C’était quand même mieux que de passer son temps avec un rôti sur patte
- On a découvert un nouveau corps. La voix étranglée du soldat alerta Lucas. La nouvelle n’était certes pas bonne, mais l’émotion n’aurait pas dû être aussi forte. Le prince songea qu’il avait certainement effrayé le timide soldat, cependant le regard fuyant de celui-ci le mit mal à l’aise. Il y avait plus.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
-Vous feriez mieux d’aller voir par vous-même messire.
-Soit je te suis. Il partit sans une attention pour celle qu’il laissait derrière lui.
La première chose qu’il vit ce fut les longs cheveux noirs de la victime qui brillaient au soleil. Ils formaient une auréole encadrant un visage trop blanc. Puis la robe verte se détacha sur le rouge de la flaque de sang. Le corps inerte lui semblait trop familier, et même si Lucas ne pouvait pas encore distinguer correctement les traits du cadavre il acquis une certitude : c’était Cali. Dans cet instant de frayeur il n’arrivait plus à formuler une autre pensée cohérente. Sans s’en apercevoir il avait franchi les derniers mètres en courant. Mais même près du cadavre il lui fallut plusieurs minutes pour réaliser que ce n’était pas sa femme. Bien sûr que ça n’était pas elle ! il l’aurait senti sinon ! Mais il n'avait pu résister à la panique qu’avait provoqué la vue de la morte. Ému il s’accroupit faisant mine d’examiner le corps, mais c’était surtout pour retrouver son souffle et son calme. Lui qui était toujours si froid, si ordonné tremblait sous le coup de l’émotion. Il était furieux contre lui, depuis son enfance il avait toujours su contrôler ses sensations, jamais rien n’échappait à son emprise. Mais qu’est ce qui lui avait pris de courir comme ça ! Il en était sûr c’était à cause d’elle et de ses maudits sentiments qui venaient le harceler à toutes heures. Il réussit à s'apaiser et leva les yeux pour découvrir qu’Etanne l’observait. Les autres hommes étaient penchés sur le cadavre mais son comparse lui était attentif au prince, il attendait que son ami ait repris ses esprits. cependant aucun jugement ne transparaissait, au contraire il comprenait, lui aussi avait eu peur. Dans sa tête la voix de Cali inquiète finit de le rassurer totalement. « Lucas que t’arrive-t-il ? Qu’y a-t-il ? » Mais avant de pouvoir répondre il la vit s‘approcher, soucieuse elle se dirigeait vers lui et donc vers le cadavre. Ne voulant pas qu’elle le voit Lucas l’intercepta :
- On a trouvé un nouveau corps
- A quoi il ressemble?
- A toi lui répondit-il honnêtement, il était trop fatigué pour mentir. À vrai dire c'était plus une impression qu'une vérité. En effet les traits de la jeune femme étaient martyrisés, elle était méconnaissable. Mais sa silhouette sa chevelure n'étaient pas sans rappeler celle de la reine. Sans effort il prit la jeune femme par le bras et l’obligea à s’en aller. Il l’accompagna dans sa chambre sans un mot, il était encore sonné, il sut qu’il mettrait du temps à s’en remettre. En arrivant dans ce lieu rassurant, bien que trop troublé par Cali ses derniers temps, il se mit à arpenter la pièce. Oubliant jusqu’à la présence de la jeune femme il se servit un verre de sang. C’était une chose qu’il ne faisait jamais en présence de son épouse, sans savoir réellement pourquoi. Si la jeune femme était choquée sa voix n’en laissa rien paraître lorsqu’elle parla :
- Elle me ressemblait beaucoup ?
- Oui répondit il d’un air lugubre. Enfin non, je ne sais pas j'ai pas pu distinguer son sourire dans le magna de chair qui lui servait de visage. Mais tout ce qui se dégageait d'elle faisait penser à toi.
Écœurée par les détails Cali le crut aisément, elle avait ressenti la tempête d’émotions lorsque Lucas avait découvert le corps. En général c’était plutôt elle qui s’emportait, à part de l’amusement et de la colère elle n’avait jamais rien ressenti chez son mari comme s'il était éteint mais cet après midi là elle avait cru se faire emporter par un flot de sentiments. Ils étaient tellement fort qu’elle n’avait pu réellement les distinguer les uns des autres. Au moment où Lucas s’était mis à courir elle elle était tombée à genoux, terrassée, ne pouvant rien faire d’autre qu’attendre que son époux se calme. D’un coté elle était flattée que ce flot de sentiments soit déclenché pour elle, mais de l’autre elle était effrayée à la fois par le tueur et par la puissance des instincts de son époux. Elle murmura :
- Ça aurait du être moi, le tueur nous a confondues .
Lucas ne répondit pas. Elle leva les yeux vers lui pour découvrir son regard brillant d’un éclat qu’elle ne lui connaissait pas. Un instant elle fut sous son emprise mais l’arrivée d’Etanne brisa le lien.
- Le corps est parti à l’autopsie, on en saura plus après mais il y a fort à parier qu’on apprendra rien de nouveau.
- Je veux que tu aies une protection rapprochée, dorénavant tu ne feras plus un pas sans un garde à tes cotés. Attention ne te méprends pas ce n’est pas que je tienne à ta vie mais j’aimerais bien garder la mienne.
- C’est hors de question ! Ton dispositif va faire fuir mes patients, je viens à peine de me faire accepter et de trouver ma place. Je ne te laisserai pas tout détruire. Je te promets de me montrer plus prudente à l’avenir. En plus je passe déjà le plus clair de mon temps avec toi, je ne pourrais avoir meilleure protection.
Lucas n’était pas dupe de la tentative de la jeune femme pour l’amadouer et il dut avouer que la méthode du compliment fonctionnait. Mais pas au point de risquer sa vie.
- Qu'il t'attrape je m'en moque, mais je n'aimerai pas me faire torturer à cause de ton inaptitude.
- Dans ce cas là tu pourras intervenir pour te défendre toi-même.
- Si on n'attrape pas ce tueur ce n'est pas par plaisir. Je n'aime pas plus que toi voir des cadavres de femme mutilées alors que je m'apprêtais à te tromper. Nous ignorons où il se cache.
- Tu n'auras qu'à me le demander fit la jeune femme d'un air taquin.
Le prince réfléchit un instant, de toute façon c'était un combat perdu d'avance, il le devinait.
- J’accepte seulement si tu me promets d’être très prudente.
- Je serais aussi prudente qu’un steak dans une assemblée de soldats affamés répondit la jeune fille avec un sourire.
Cette idée ne soulageait pas pour autant Lucas, la jeune fille pouvait faire attention si le tueur se décidait à attaquer elle n’aurait pas la force de se défendre. Lui aussi était persuadé que l’assassin s’était trompé de victime hier soir, il rageait de ne rien pouvoir faire. Pour se défouler et avoir les idées plus claires il partit s’entraîner. Le soir il était vidé, il avait enfin repris le contrôle de son corps et il en fut soulagé.
Le prisonnier de l'ange 31