
Le soleil n’était pas encore levé quand la princesse se réveilla, mais elle ne fut pas la seule à bouder la grasse matinée.
- Tu te réveilles enfin ! Lui lança son époux visiblement de bonne humeur.
-Tu peux parler, tu as encore la serviette autour du cou !Tu à peine as tu eu le temps de prendre une douche que mes yeux se sont ouverts. Mais en plus il est tôt, quelle lubie t'est passée par la tête ? Reviens te coucher !
- Magnifique sens de la déduction, se moqua-t-il gentiment.
Cali estima que le moment était idéal pour remercier son époux :
-Je ne sais comment te montrer ma gratitude. Alors si je peux faire quelque que chose pour toi n'hésite pas. Quoi que ce soit ,je ferai ce que tu souhaites.
- Hum, voila une offre bien alléchante, petit ange, surtout lorsqu’on songe au nombre de problèmes que tu m’as posé. Si j’avais su qu’il suffisait de te ramener chez toi pour te soumettre, je l’aurais fait il y a longtemps. Tu es prête à tout c’est ça ?
- Oui, répondit-elle résolue.
Lucas avait très bien saisi le sous entendu de cette proposition, d’ailleurs la nervosité de sa femme l’avait aidé. Elle n’est pas encore prête pensa-t-il dans un soupire, cependant il continua à jouer.
- Vraiment tout ? fit il en s’approchant d’elle. Il entendit son cœur s’accélérer.
- Oui, répéta-t-elle.
Il attendit d’être à un frôlement d'elle pour déclarer :
- Non, finalement tu n’as rien qui m’intéresse.
Puis feignant l'indifférence il s'éloigna. La princesse fut soufflée, elle ne comprenait pas l’attitude de son époux, elle ne correspondait pas à sa réputation.
- Si tu le dis, lança-t-elle finalement déçue. S'il te vient une idée fais en moi part, en attendant je vais m’habiller.
- Ha si j’ai une requête, mais elle est osée.
Cali reprit espoir :
- Dis moi ce que tu veux.
Elle s’assit sur le lit pour l’écouter, Lucas ne tarda pas à la rejoindre.
- Selon la légende vous avez des ailes.
- Bien sûr.
La princesse était totalement décontenancée, pourquoi lui parlait il de cela maintenant ?
- Je n'en ai jamais vu. Bien sur j’ai déjà vu ton dos et leur tracé, mais ce ne sont pas vos ailes…
La princesse soupira. D'accord, songea-t-elle, j’abandonne.
- Si, ce sont nos ailes.
Elle fit glisser sa chemise découvrant ainsi son dos afin de le montrer à son compagnon. Soudain elle se rappela l’esquisse que Lucas avait fait d’elle et de l’émotion qui en transparaissait. Il s’intéressait réellement à ses ailes, ce n’était pas encore un de ses jeux, elle continua son explication.
- À l’origine nos ailes étaient dehors, mais elles sont très fragiles et peu pratiques. Alors il y a très longtemps, un sorcier de mon espèce a inventé un sort permettant de les protéger. Et c'est à cette fin qu'on les a incorporées sous l‘épiderme. Aujourd’hui on jette ce sort à chaque nouveau né. Cependant on ne peut pas totalement les cacher c’est pour cela que tu les devines et qu’elles se dessinent sur ma peau.
- Alors ce sont tes ailes que je vois, vraiment ?
Elle sourit, il avait un air émerveillé qu’elle ne lui connaissait pas.
-Bien sûr comment crois tu que je pensais m’envoler la dernière fois ?
Elle rejoignit le milieu du lit. Derrière elle le soleil daignait enfin se lever et versait une lumière timide sur le lit. Cali se dit que l’ambiance était parfaite pour créer une émotion, elle se mit à contre jour et déploya ses ailes. L’effet recherché ne manqua pas, son époux fut ébahi, et dans le tumulte de ses émotions ils ne remarquèrent pas combien l’opération était douloureuse (pour dévoiler ses ailes la princesse devait transpercer son épiderme). Lucas admirait sa femme. Elle était agenouillée et se découpait dans l’éclairage naissant, ses ailes immenses étaient d’une blancheur lumineuse, elles rayonnaient de pureté. Pour la première fois de sa vie il ne trouvait rien à dire, pas de méchanceté, ni de blague. Il en resta sans voix, pétrifié par la beauté irréelle de la scène. Le soleil qui peu à peu se levait, dévoilait lentement des petits riens mettant inlassablement la jeune femme en valeur. Il divulguait paresseusement les détails insignifiants comme la pâleur de la princesse, un grain de beauté, une de ses mèches égarée sur sa peu nue, le reflet de ses yeux variant sous l’émotion du prince, ses seins, cachés pudiquement par ses mains, qui montaient et descendaient doucement au rythme de sa respiration créant une berceuse inaudible. Cali ne disait rien, laissant le soleil la taquiner de ses rayons dorés ébauchant ainsi des tracés de lumières. Elle ne bougeait pas, elle gardait la pose ne voulant gâcher l’instant de grâce qu’ils partageaient. Le temps s’écoulait au rythme du jeu d’ombre qui se jouait sur la peau de l’ange. .
le prisonnier de l'ange 82