
Lucas grimaça au souvenir de la première fois, il alla fermer la porte à clef et prit place dans un fauteuil laissant le lit à son épouse. Puis il lui fit signe comme quoi elle pouvait commencer, il était prêt.
- « Par la terre et ciel
Que nos âmes se démêlent
Que mon destin me revienne
Par l’eau et le feu
Que se réalise mon vœu
Que les quatre éléments
Scellent mon serment »
Encore une fois un éclair blanc illumina la pièce. Cette fois ci ce fut Lucas qui hurla. Il eut l’impression de perdre quelque chose d’infiniment plus précieux que ce qu’il retrouvait. Il ne rugissait pas de douleur mais de colère contre le sort qui le volait pour la première fois. Il criait pour que ça s’arrête et qu’on lui rende ce qu’on lui avait pris. Des larmes de rage coulaient tandis qu’il sentait qu’il avait fait une erreur sans qu’il puisse jamais revenir en arrière. La présence de sa femme lui manquait si profondément. Bouleversé il l’aperçut évanouie sur le lit, aussi présente que son absence en lui criait. Sans voix il comprit que son âme n’était pas faite pour vivre seule. Il installa l’ange plus confortablement et attendit qu’elle se réveille. Elle resta évanouie pendant plusieurs heures mais Lucas ne s’en rendit pas compte, il la regardait, elle pleurait à travers ses yeux fermés et à chaque larme sa résolution s’affermissait. Cette femme était dangereuse pour lui, il ne pouvait envisager de la laisser en vie. Calmement il analysa son comportement des derniers mois, il avait été négligent, inefficace et avait mis trop de fois sa vie en danger pour rien. Maintenant qu’il avait retrouvé le contrôle de ses émotions il ne devait plus permettre à l’ange de l’émouvoir, de le toucher. L'unique issue était sa mort. Il la vit bouger, doucement elle sortait de son état cotonneux, il lui laissa encore du temps puis finit de l’éveiller en lui demandant.
- Ça va ? Tu as bien dormi ?
- Pas vraiment. la voix de la jeune femme était douloureuse, l’âme de son époux devait aussi lui manquer.
- Ça va passer lui affirma-t-il.
Tout d’un coup la princesse prit conscience de ce que signifiait ce vide en elle. Le sort était levé, elle n’était plus protégée, elle allait mourir. Elle eut une pensé pour la fiole qui était dans la salle de bain mais renonça. Lucas la regarda faire ces déductions, il la connaissait suffisamment maintenant pour savoir ses songes. Il poursuivit
- Ça a marché ?
- Oui lui répondit-elle lugubrement
- Tu en es sûre ?
- Oui répétât elle sur le même ton.
- On va vérifier, et sans prévenir il la frappa.
Sous la force du coup et l’effet de surprise la jeune femme s’écroula à l’autre bout du lit. Elle sentit la crainte la gagner tandis que son époux déclarait
- Enfin, j’aime cette odeur. Alors on a peur mon amour.
Elle se tourna vers lui pour découvrir un vampire. Plus elle le regardait moins elle le reconnaissait, ayant retrouvé son âme le démon était redevenu lui même. Je vais mourir et ça va être douloureux se dit elle alors que son compagnon jubilait. Puis une voix en elle se fit entendre lui rappelant que Lucas est Lucas quoiqu’il arrive. Elle avait prévu ce qui allait se passer, elle était prête. Sentant tout effroi l’abandonner elle se redressa et fit face à l’homme qu’elle connaissait si bien maintenant :
- On ne t’a pas appris à ne pas jouer avec la nourriture. Elle s’approcha prés de lui et le prit dans ses bras. Doucement elle attira sa tête dans son cou.
Lucas s’étourdit de son odeur, il commença par l’embrasser pour la détendre c’était inutile, le jeune femme était confiante. Il enfonça ses crocs dans sa chair et goûta enfin à son sang. Elle avait le goût d’un bonbon entêtant, un parfum d’enfance et de nostalgie, comme un souvenir aimant dont on ne veut plus se rappeler car trop douloureux. Les vampires ont le choix des sensations qu’ils transmettent à leur victime, Lucas avait choisit de l’apaiser, il voulait qu’elle quitte ce monde en douceur. Effectivement elle se sentait bien et se laissait faire mourant doucement dans les bras de celui à qui elle avait offert ses derniers instants. Mais quand il entendit son cœur manquer un battement le prince eut une frayeur soudaine et s’arrêta. La jeune femme maintenait toujours sa tête dans son cou mais n’avait plus assez de force pour réellement le retenir. Il la regarda profondément et soupira en constatant qu'il ne pourrait plus la tuer, c’était trop tard. Alors doucement il l’allongea. La jeune femme ne comprenait pas.
- Qu’est ce que tu fais?
- Chut, repose toi c’est fini.
le prisonnier de l'ange 92