Lucas prit son déjeuner en compagnie du nouveau couple et de sa femme. Il avait beaucoup réfléchi cette nuit devant son incapacité à tuer sa compagne. Bien sûr il pourrait réessayer, mais il était certain de ne pas y arriver. La seule chose à faire était de fuir, il avait donc décidé de retourner chez lui et en fit part à l’assemblée.
- Etanne fais tes bagages et préviens Brice, on rentre à la maison.
- Chouette s’exclama le garde, j’ai hâte de revoir les démones. Les filles ici sont un peu trop pudiques à mon goût dit-il faisant un clin d’œil à son comparse tandis qu’à coté Siléa s’étranglait.
Cali commençait à se diriger vers son armoire quand Lucas l’interrompit
- Inutile petit ange, on a fini de jouer. Je rentre seul toi tu restes ici. Sans un regard pour sa femme qui se décomposait il se leva et s’en alla suivi par Etanne.
- Je laisse Siléa ici aussi ?
- Fais ce que tu veux, après tout c’est ta femme maintenant.
- D'accord je fais venir Brice et on se retrouve aux écuries. Je suppose que tu as envie de partir vite.
- Tu supposes juste mon ami, je veux quitter cet endroit maudit le plus tôt possible.
Une heure après les trois compagnons chevauchaient de concert. Brice et Etanne essayaient de créer une conversation mais le rythme qu’imposait le roi ne le permettait pas vraiment. Ainsi au bout d'une heure ils abandonnèrent se contentant de regarder les paysages défiler. Le soir au campement l’ambiance était toute aussi morose, malgré les efforts des deux soldats pour divertir leur souverain celui-ci ne décrocha pas un mot. Lucas était sûr de sa décision, l’ange le mettait en danger, il ne pouvait se permettre de la garder à ses cotés. De plus elle aussi était en danger, au moins dans son palais elle serait loin du tueur. Il avait autre chose à faire que la surveiller ! Mais en dépit de tous ces arguments il n’arrivait pas à se défaire de son image, de son parfum et de son goût. Leur dernière nuit repassait en boucle dans son esprit comme une mélopée ensorcelante. Il ne pouvait s’en débarrasser. Il soupira demain ça ira mieux, se convainquit-il. Mais il se réveilla avec une sensation de manque. Dès qu’il eut ouvert les yeux il la chercha du regard, il renferma ses bras sur le vide de son absence, cela faisait maintenant quatre mois qu’il s’éveillait avec un ange sur son torse. Si ses deux compagnons remarquèrent son geste ils ne firent aucune remarque.
Toujours de bonne humeur forcée, Etanne parlait des femmes qu’il allait séduire dès leur arrivée. Lucas crut même entendre le nom de Lola mais il n’en fut pas sûr. Mécaniquement il sella son cheval et sans plus d’attention pour ses amis se remis en route. Il fonça pour ne plus entendre ses pensées mais elles ne cessaient de le harceler. Je ne peux pas être amoureux, les vampires ne tombent pas amoureux et je suis un vampire donc je ne suis pas amoureux. La ritournelle formée par ces mots ne cessait de se répéter et Lucas avait beau accélérer rien ne faisait taire cette voix. Après avoir passé la journée à galoper Etanne obligea le prince à faire une halte, les chevaux avaient besoin de repos et les cavaliers aussi. Lucas ne dit rien, il mit pied à terre et sans manger s’endormit sous le regard inquiet de ses camarades.
Le lendemain il subit la même torture, a cette allure ils seraient au château demain, oui mais dans quel état. Etanne était de plus en plus tourmenté par l’attitude de son souverain. Cela faisait trois jours qu’il n’avait rien mangé et tous les matins en se réveillant il quêtait inconsciemment sa femme. Mais le plus alarmant était son silence. Il le regardait mais restait impuissant. Lucas percevait bien l’appréhension du soldat mais il ne pouvait rien faire pour le rassurer. Le quatrième soir Lucas était en train de desseller son cheval, s’apprêtant encore une fois à aller se coucher sans dire un mot et sans se nourrir. Etanne suspendit son geste en plaçant sa main sur la sienne. Il se contenta d’un regard.
- Tu as raison
le prisonnier de l'ange 95