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Il y eut un silence ému, auquel Hiléria participa. À la façon dont il avait parlé, lui ne semblait pas croire la légende. Mais il lui sembla que c'était un moyen de partager un mythe avec la jeune femme, comme s'il avait créé une autre souris de la dent de lait, à laquelle elle voulait croire en étant probablement consciente qu'il s'agissait d'un mythe. L'objet symbolisait leur amour et leur confiance mutuels. La brune aux yeux sombres considéra à haute voix que c'était un beau cadeau. Mais soudain, la jeune adulte sembla paniquer :
- Je ne veux pas la garder, papa. Et si elle m'échappe ? Si la femme de ménage la faisait tomber, ou bien...
Il se pencha au-dessus de la table, attrapant ses deux mains jointes sur la fameuse pierre de lune.
- Chhhh, sourit-il gentiment. J'ai confiance en toi. Tu peux la porter, tu seras parfaite, comme toujours, mon ange.
Elle secoua la tête, voulut lui rendre la pierre, il recula, la pierre lui échappa des mains. Elle hurla mais Uriel la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol entre eux deux. Clio haletait, les yeux écarquillés. Lui souffla bruyamment dans un sourire immense, comme grisé... Par le danger, songea Hiléria, atterrée. Il posa la pierre dans son écrin, qu'il poussa vers sa fille.
- Si, j'insiste, pouffa-t-il, tout se passera bien, je te dis.
Elle finit par sourire aussi, hocha la tête, puis rangea précautionneusement le coffret dans son sac à main. Ils échangèrent plusieurs regards différents, complices. Lorsque les gens se remirent à discuter autour d'eux, la brune aux yeux sombres nota dans un sourire que tout le monde avait partagé leur montée d'adrénaline. Aussitôt elle se surprit elle-même : elle venait de leur parler à tous deux et non seulement à sa fille, comme elle l'avait fait depuis le début de la soirée, incapable de faire mieux.
Uriel paya en liquide, sous les yeux éberlués de la brune aux yeux sombres : cela faisait beaucoup de billets froissés et mal odorants, que le serveur récupéra du bout de ses doigts fins. Hiléria le remercia poliment, puis reprit le volant sous sa suggestion. Lorsqu'elle mit le pied sur le bitume devant les néons agressifs, elle songea que la vraie difficulté était pour maintenant.
- Je vais payer, proposa-t-elle lorsque le videur de la boîte de nuit les laissa entrer, non sans avoir demandé à voir les cartes d'identité de Clio mais aussi de son père.
Il accepta sa requête sans hésiter, ce qui lui fit se demander ce qu'il faisait dans la vie pour paraître aussi désargenté, avec son tacot qui démarrait une fois sur deux si on lui parlait gentiment. Sa fille était aux anges, entrant pour la première fois dans une boîte de nuit. A l'opposé, sa mère mourait d'envie de les planter là. Elle fréquentait bien de tels endroits, jusqu'à une dizaine d'années auparavant, mais aujourd'hui elle ne savait pas danser sur les musiques devenues à la mode. Aussi proposa-t-elle d'aller chercher à boire, prenant les commandes et ordonnant à sa fille de veiller à ne pas bouger de là où ils se trouvaient. Elle se demanda comment elle supporterait d'être dans un tel endroit avec sa propre fille.
Alors qu'elle attendait son tour, un type de son âge s'approcha d'elle ; aussitôt elle sut que ses problèmes avaient commencé. Elle s'en éloigna, se glissant parmi les danseurs un moment. Puis elle revint au bar, un peu grisée par la manœuvre qui fonctionnait toujours après tant d'années. Elle passa sa commande, puis retrouva Clio et l'albinos là où elle les avait laissés. Elle sautilla en rythme, un sourire accroché à ses lèvres, priant pour qu'il soit aussi tard qu'il lui semblait. Elle n'appréciait pas de voir sa fille se trémousser devant elle et encore, elle avait fait en sorte qu'Uriel ne se trouve pas dans son champ de vision. Elle informa la jeune femme qu'elle prenait une pause en désignant le divan le plus proche. Assise dans son coin avec son verre de soda puisqu'elle conduisait, elle se perdit dans ses pensées, fatiguée de ses émotions. Elle s'intrigua de reconnaître l'homme qu'elle avait évité au bar, de nouveau couver d'un regard lubrique une jeune dame un peu plus âgée que la moyenne des jeunes femmes qui venaient se perdre dans cet endroit qui sentait la sueur. Elle chercha sa fille du regard avec appréhension dans cet étalage de chair fraîche plus ou moins dévêtues. Soudain la musique lui sembla insupportable, elle se demanda si elle allait devenir sourde. Elle voulut se lever pour fuir, mes ses jambes lui parurent trop molles pour la porter si elle commettait la faute de se mettre sur son séant déjà. Elle se mit à gémir qu'il lui fallait de l'aide, incapable de s'arrêter ou de lever les yeux pour voir si quelqu'un l'avait entendue.
Lorsqu'Hiléria sentit l'eau glacée qu'on venait de lui jeter à la figure, elle tenta de hurler de surprise mais n'émit qu'un pitoyable gémissement qui lui ôta le peu de force qui venait de lui revenir. Elle murmura que ça irait mieux maintenant, qu'on ne la frappe pas et qu'on s'abstienne de la détremper davantage.