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Le blond aux yeux vermeille s'éveilla en premier, se sentant dans l'air ambiant comme entre des draps de velours. Mais le bien-être qui ne l'avait pas quitté depuis bien des semaines opéra une fuite brutale et inconfortable. Clio était là, campée devant lui, son vert regard assassin comme s'il était le pire des criminels. Elle portait des vêtements d'un rouge agressif qui flottaient autour de son corps alors qu'aucune brise n'agitait les feuilles autour d'eux en ce matin pâle. Il nota alors que ce n'était pas lui qu'elle accusait de ses prunelles mauvaises. Elle fixait Hiléria, on eut dit qu'elle la foudroierait sur place s'il la laissait faire.
Mallaurie était là aussi, le petit ami de la mère de son enfant. Uriel secoua la tête en notant que son expression était exactement semblable à celle de la jeune femme. Lui aussi menaçait la brune endormie, dans des atours aux couleurs tout aussi agressives. Oui, pour le moment elle dormait, peu paisible, sans lâcher sa main dans son sommeil, car jamais elle ne le faisait.
Le lorialet s'était tout de suite redressé sur les coudes. Le brouillard dans sa tête bloquait sa perception, sa raison également. Il ne chercha pas à le contourner. Mais il savait que la jeune femme et le rouquin n'avaient rien à faire là. Un instinct lui souffla que ce n'étaient pas réellement eux, ou bien ce n'était qu'une partie d'eux. Il ne connaissait pas ce rictus à ces deux êtres. Le brouillard dans sa tête l'empêcha de se poser les bonnes questions : où étaient-ils réellement, qui était l'entité qui se servait de leur image grimaçante? Tout cela lui échappa, au fils de la lune qui tenait la main de l'humaine endormie.
Le cygne blanc déboucha d'entre les arbres, se dandinant sur ses pattes palmées, puis il s'immobilisa à l'écart, l'observant lui en inclinant la tête. L'oiseau se déconcentra une seconde, découvrant le chaton blotti au creux des reins d'Hiléria endormie. C'était lui, Uriel, qui avait créé le chaton, qu'il avait offert à la brune aux yeux sombres. Alors que l'animal revenait à lui avec un intérêt significatif, le couple d'étrangers se mit à émettre des sons étouffés, pour réveiller son humaine. Elle plissa un peu les yeux.
Le blond aux yeux vermeille ne voulait pas qu'elle voit cela à son réveil. Il était certain que ce n'était pas bien ou juste. Elle ouvrit grand les yeux...
- Hilly, l'appela-t-il gentiment pour que ce fût lui qu'elle découvre en premier ce matin-là.
Il n'était pas certain que cela fonctionnerait, mais il était presque sûr qu'il en était capable.
Hiléria s'éveilla avec la sensation d'une chaleur nouvelle sur son cœur continuellement serré et qui lui faisait du bien. Elle serra la main d'Uriel entre ses doigts pour vérifier qu'il était encore là, comme à chaque fois qu'elle émergeait du sommeil, avant même d'ouvrir ses paupières ensommeillées. Il était encore là, aussi ouvrit-elle les yeux tout à fait sereine. Presque depuis le premier jour, ils s'éveillaient simultanément sur la Lune, comme s'ils ne formaient qu'une seule entité, chose à laquelle elle n'avait jamais réussi à réfléchir pleinement.
Mais cette fois elle remarqua que l'albinos était bien réveillé. Il fixait quelque chose durement, comme s'il avait un grave reproche à adresser à l'air en face de lui. Lui qui paraissait si doux et insouciant depuis leur arrivée ici... La brune aux yeux sombres réalisa que même si cette expression sur son visage lui paraissait de loin la plus naturelle qu'il avait affichée depuis bien longtemps, cela ne valait rien qui vaille, vraiment rien.
Hiléria réalisa qu'il avait prononcé son prénom pour la réveiller. Elle lui sourit, s'éclaircit la voix puis murmura encore ensommeillée :
- Pourquoi cette mine un peu soucieuse, Uriel, pour la première fois depuis notre arrivée ?
Son visage à lui se détendit pour exprimer la résolution, d'une manière qui était tout aussi nouvelle en ce lieu où elle le suivait depuis des semaines. Il tendit la main pour lui caresser la joue, geste qui aurait dû la rendre malade. Elle avait passé sa jeunesse à étouffer le feu de sa passion pour lui. Cela aurait dû ébranler son équilibre mental. Mais elle y avait été préparée au fil des jours. Il n'était plus l'être supérieur qui surplombait la vie du haut de son aisance et sa jeunesse éternelles. Il était devenu tellement doux, insouciant, qu'il avait débloqué toutes ses crispations à son encontre.
Uriel ignora les deux êtres à l'accoutrement criard qui grimaçaient à présent dans sa direction à lui, car ils avaient noté lui devoir leur échec. Il avait réussi : il pouvait courber la réalité sur la Lune, elle lui appartenait, il en était maître. Il ne voulait pas qu'Hiléria voit les créatures. Donc elle ne les voyait pas.
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