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Clio 36 : http://fantastique.roman.over-blog.fr/article-clio-36-123069958.html
Il était devenu tellement doux, insouciant, qu'il avait débloqué toutes ses crispations à son encontre.
Uriel ignora les deux êtres à l'accoutrement criard qui grimaçaient à présent dans sa direction à lui, car ils avaient noté lui devoir leur échec. Il avait réussi : il pouvait courber la réalité sur la Lune, elle lui appartenait, il en était maître. Il ne voulait pas qu'Hiléria voit les créatures. Donc elle ne les voyait pas.
Elle venait de le questionner. Il analysa ce qu'elle venait de lui dire. Elle venait de parler de soucis. Il n'aurait pas dû en affronter, pas ici. S'il en avait c'était à cause d'elle, de la brune aux yeux sombres – elle plaça une mèche de cheveux noirs derrière son oreille délicate en l'interrogeant de son regard plus qu'inquiet. Elle était sa responsabilité, là où il n'aurait dû en souffrir aucune. Il sentit le dernier lambeau de brouillard qui s'échappait le quitter brutalement. Il en retint un peu, de toutes ses forces. La brume lui concéda cela.
- Uriel ? Appela-t-elle parce qu'il ne lui répondait pas, se contentant de la fixer intensément.
Mais il avait plus urgent à faire. Il nota que Mallaurie était parti, de même que sa fille, la jolie Clio. Le reste de la brume s'échappa à l'évocation de son enfant, son miracle.
- Non... Gémit-il en mesurant les conséquences tragiques.
Hiliéra s'agita aussi, mais il lui fit signe de se taire, à tout prix, il ne voulait rien entendre. Il reprit la main qu'elle tenait encore, depuis qu'ils étaient éveillés. Aussitôt, il sentit bien que sa nervosité à elle s'envolait dangereusement haut. Aussi se retint-il de se mettre sur son séant pour s'échapper géographiquement. Non pas d'elle, mais de ce qui venait d'advenir. Il savait à présent que cela ne servirait à rien. Il avait perdu l'innocence. A cause d'elle. Il leva les yeux sur elle, oscillant d'avant en arrière. Non, il ne lui en voulait pas, à la petite brune, mère de son miracle.
Celle-ci se sentait paniquée. L'albinos, recroquevillé sur lui-même, les genoux entre ses bras tremblants, avait perdu son essence lunaire, elle s'en était clairement rendue compte, car les conséquences physiques étaient d'une netteté sans nuance, jusque dans son regard, son attitude, l'expression sur son visage.
- Que s'est-il passé, avant que je me réveille ? Finit-elle par le questionner.
Elle culpabilisait vaguement. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû être là. Il lui semblait que seul, rien n'aurait pu ébranler son essence lunaire. Mais elle n'avait rien fait... si, elle lui avait déclaré son amour. Elle se mordit les lèvres, sentit sa tête l'élancer, ses yeux la brûler. Lorsqu'elle sentit deux larmes brûlantes dévaler ses joues en feu, des larmes jumelles s'échappèrent des paupières de l'albinos. Dans un gémissement, elle se précipita dans les bras où elle avait rêvé se blottir pendant des années, il y avait de cela une éternité. Elle crispa ses doigts dans ses cheveux clairs, tandis que lui ne répondait que doucement à son étreinte pulsionnelle.
Je t'aime, avait dit Hiléria, songea-t-il lorsqu'elle se coula entre ses bras ciselés. A présent, Uriel comprenait de quoi elle lui avait parlé. Il n'avait jamais aimé une femme comme elle disait l'aimer, pas même elle, il le savait bien. Mais il aimait Clio. Il leva les yeux en signe de concentration, de lucidité. Qu'était-il arrivé à sa petite fille, son miracle, pour qu'autre chose prenne ainsi possession de sa belle image en la déformant de la sorte ? Il se détacha résolument de la petite brune. Il lui sourit pour qu'elle ne s'inquiète plus. Il s'accorda un instant pour réfléchir à ce qu'il fallait faire. Il se mit sur son séant sous son regard inquiet à elle. Il lui tendit la main pour l'aider à faire de même. Elle le fit comme si elle s'accrochait à une bouée de sauvetage. Il ouvrit un bras, l'invitant du regard. Avec une hésitation timide, elle fit ce qu'il avait attendu d'elle en silence. Elle vint contre lui, qui la prit par l'épaule. Ils se remirent en marche, doucement au début. Puis il serra un peu plus son épaule, fraternel, en lui adressant un sourire ravageur, comme il ne lui en avait pas adressé depuis le soir de la conception de la petite Clio.
Clio 38 : http://fantastique.roman.over-blog.fr/article-clio-38-123070467.html