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Clio 37 : http://fantastique.roman.over-blog.fr/article-clio-36-123070094.html
Puis il serra un peu plus son épaule, fraternel, en lui adressant un sourire ravageur, comme il ne lui en avait pas adressé depuis le soir de la conception de la petite Clio.
Hiléria avait déjà noté qu'il avait perdu son innocence. Mais lorsqu'il lui adressa pareil sourire, elle sut que c'était beaucoup plus. Il n'avait sous ses yeux jamais offert pareille attitude à personne sauf à leur petite fille, alors son statut à elle venait de prendre une dimension inopinée. Elle accéléra le pas, une nouvelle force venant de poindre à son esprit changé. Elle leva son bras libre pour nouer leurs mains sur son épaule. Elle releva la tête, la secoua pour rejeter ses cheveux en arrière. Littéralement, ils venaient de décider d'avancer ensemble. Il ne parlait pas, elle respectait son silence. Quoi qu'il lui fût arrivé pendant qu'elle dormait ce matin-là, cela avait visiblement changé l'albinos, ses buts, sa destinée même. Mais il ne l'abandonnait toujours pas. Mieux : plus que jamais, il embrassait le lien qui les reliait tous deux.
Uriel inclina la tête de côté. Mais à présent, l'attitude de la petite brune ne l'étonnait plus. Elle n'avait jamais posé de question, elle lui avait toujours fait aveuglément confiance. Pas par bêtise ou inconscience, mais parce qu'elle savait que pour elle ou pour Clio, il pouvait beaucoup et résolument bien, pour peu qu'il le désirât. A présent comme toujours depuis qu'il l'avait remarquée dans un cinéma de quartier, elle affrontait ses secrets avec courage et force. Il hocha la tête, lui offrant sa beauté exotique – il maîtrisait aussi cela, ici mieux encore que sur la Terre qui l'avait vu naître. Ils prirent la direction de l'ouest lunaire, suivant le soleil ou ce qui en faisait office, dans sa jolie course illuminée.
Clément s'éveilla en sursaut, trempé de sueur à cause des cauchemars qui avaient hanté sa courte nuit. Il tâcha de se souvenir pourquoi il avait le vague souvenir d'avoir emmené une femme dans son appartement impeccable. Lison... il se redressa brusquement entre les draps qu'il rejeta d'un mouvement fébrile. Il se rappelait, à présent, la nuque délicate de la jeune femme aux cheveux détrempés, noyée dans son grand peignoir à lui. Ses yeux verts lui avaient paru immenses, la veille, alors qu'il la faisait parler de Clio et de sa maman...
Hiléria... L'homme sortit rapidement du lit, pour se hâter vers la cuisine, embrumé dans ses regrets et sa culpabilité, le cœur au bord des lèves. Il avait regardé la jeune blonde à peine sortie de l'adolescence, elle l'avait attiré, parce qu'elle était jolie, fragile, délicate. Mais ce matin-là, seule restait la brune aux yeux sombres, toujours aussi vulnérable au fil des ans qui avaient scellé leur amitié si profonde. Il se rappelait exactement l'adolescente qu'elle avait été, différente de toutes celles qu'il connaissait à l'époque. Les filles à cet âge rêvaient, affabulaient entre elles en lançant des regards dégoulinants de séduction aux garçons comme lui, mais à la fin elles ne faisaient jamais rien, elles se retranchaient derrière leur âge et les règles sociales du milieu.
L'homme au crâne rasé but goulûment une première rasade de café bien noir, en soufflant bruyamment dans sa grande tasse anthracite. Elle n'avait pas eu le temps de passer par cette étape mesquine. Elle avait été prise de passion pour une... chose... qui l'avait détruite aussitôt. Clément regarda Lison approcher, les traits un peu bouffis, étrangement aussi las que si elle n'avait pas dormi. Il chercha dans son regard d'émeraude combien elle aussi sortirait amochée de toute cette histoire insensée dans laquelle il baignait malgré lui. Il se rendit compte, lugubre, qu'il se fichait des conséquences, si seulement il parvenait à sortir Hiléria de ce pétrin où elle venait de s'enfoncer encore plus profond.
- Du thé, du pain, de la confiture ? Questionna la jeune femme, visiblement incapable de parler davantage au réveil.
Uriel trainait la mère de sa fille si fermement qu'il se demandait comment elle supportait encore la cadence. Il fuyait les deux ombres qui les suivaient en ricanant. Il n'était pas un surhomme, seulement une créature très proche des êtres humains, si l'on excluait sa mentalité mélancolique malheureusement retrouvée, ainsi que son immortalité – sauf si l'on abrégeait ses jours intentionnellement. Les hommes ne lui faisaient pas peur, ni le noir qui était son univers. Mais les démons, ou autres spectres, le Diable, bien sûr qu'ils l'effrayaient avec leur faciès à la fois reconnaissable et déformé à outrance.
39 :
http://fantastique.roman.over-blog.fr/article-clio-39-123113898.html