- Tu peux m’expliquer pourquoi tu as le numéro de Franc Santoro dans ton répertoire ?
Mon assaillant pâlit, j’avais raison ! rugissais-je. Hélas ma victoire fut de courte durée. Comprenant sa défaite l’homme sortit un couteau et me le planta dans le ventre. Enfin, essaya, car heureusement le colosse noir n’était pas loin et l’arrêta dans son élan. Seule une pointe de sang perçant mon pull résultait de sa tentative.
- Finissez de manger tranquillement, on s’occupe de lui, fit Yseult.
Je vis le géant embarquer le traître, sans aucune difficulté apparente. À mes cotés les deux hommes avaient repris leurs places, comme si de rien n’était.
- Que va-t-il lui arriver ? interrogeais-je.
- Mange, m'ordonna Erwan. Au fait comment as-tu deviné ?
- C'était évident, il avait une double aura.
Ils me fixèrent d'un air ébahi.
- Cesse de jouer, comment as tu fait ? Demanda à nouveau le curé.
Homme de peu de foi, pensais-je, mais je répondis simplement :
- Il était présent au Fuzzi le soir du meurtre. C’est pour ça que je ne le quittais pas du regard, je n’arrivais pas à me le remémorer. J'étais persuadée que le bar était peuplé d'Angels alors je ne cherchais pas dans ces souvenir. Puis d’un coup j’ai eu un flasch et voila.
Soulagement envahi les yeux de mes compagnons, la magie c’est dur à admetre vous n’êtes pas faits pour ça. Même ceux qui disent y croire la renie lorsqu'ils se trouvent en sa présence. Cependant les yeux d’Erwan restèrent graves quelques secondes de trop. Devinait-il que je mentais ? Peut être, mais il n’ira pas chercher plus loin, la vérité est trop dérangeante.
Le reste du trajet se déroula sans incident. Il était environ dix sept heures quand nous arrivâmes à un hôtel en centre de Régina. J’étais un peu tristre d’avoir dû quitter Toronto, la ville me plaisait bien avec ses allures de villes américaines. A première vue Régina avait aussi l’air d’être plaisante à vivre. De toute façon je n’avais pas le choix. Posée sur le lit, je faisais face aux garçons tout en me massant les jambes, j’étais toute ankylosée.
- C’est quoi le plan ? requis-je en continuant de me masser.
Silence. En levant la tête je découvris l’air embarassé des deux comparses.
- Tu as réfléchi à un prénom ? me demanda beau.
- Sehabe, répondis-je fièrement (j’avais mis cinq heures à le trouver). Et vous?
- Aaron, me répondit le blondinet.
Je le regardai déconcertée.
- C'est un vieux prénom Québécois, se justifia-t-il.
- Mylan, ajouta padre.
Je hochai la tête en signe d’approbation.
- Quel sera le mensonge ?
Le silence gêné réapparut.
- Écoutez, si vous souhaitez éviter que je fasse de gaffe, il va falloir me la raconter, alors lancez vous !
- Ça ne va pas te plaire.
- Quoiqu’il en soit il faudra bien me le dire.
Je laissai ma phrase en suspend pour qu’ils enchaînent rapidement, leurs blancs commençaient à m‘angoisser.
- Allez Erw…, non Mylan dis moi, d’habitude tu n’as pas peur de m’annoncer les mauvaises nouvelles.
Il me regarda intensément et dit
- On se sépare.
Divin témoin 109