
Ce fut ainsi que le lendemain je me retrouvai, docile, sur les bancs de la Fac à écouter des professeurs nous parler de choses plus ou moins intéressantes. Je choisis avec soin ma place au fond de la salle, lieu stratégique pour pouvoir sortir et être tranquille, la place des mauvais élèves en résumé. Technique qui marcha relativement bien les premières semaines mais à la fin du mois un groupe de fille s’installa à coté de moi, au début je n’y pris pas garde (il était assez fréquent que j’ai des voisins, je ne suis tout de même pas effrayante). Elles égrainèrent mes heures de cours de leur potions plus rafraîchissant les uns que les autres. J’appris tout de la vie de John, Cathy et Sinon, illustre inconnus qui partagèrent mes enseignements, sur le droit social Simon se séparait de la pauvre Cathy, qui deviendra une affreuse mante religieuse en civil. Les histoires s’enchaînèrent divertissant mon ennuie. Leur joyeux babillage me rappelait mes amies. Lorsque j’étais partie elles se faisaient dorer au soleil devant leur école. Diane était distraite, absorbée par la vision d’un oiseau qui paradait sur les rames du trame. J’aurais aimer discuter avec elle, mais j’étais pressée ce jour là je préparai dans l’euphorie mon voyage au Canada. À coté d’elle Lisa était toute excitée, elle devisait toute seule de son nouveau petit ami Léo, Léon je ne sais plus. Que sont-elles devenues ? D’un geste rageur j’essuyai mes larmes. Ça ne sert à rien de regretter cette vie là.
Le lendemain le groupe reprit place à mes cotés, et les jours d’après aussi. Peu à peu je me familiarisait avec ses noms qui revenaient sans cesse. De temps en temps une brune les rejoignait, souvent absente, elle ne passait que pour prendre les cours et partager les dernières rumeurs sur les professeurs. Un jour elle se tourna vers moi :
- Elles ne t’ennuie pas avec leur bavardages incessants ?
- Non répondis-je à la boutade. Ce fut mon premier contact avec Angélique. Petit à petit les filles se mirent à me parler, au début je fus un peu réticente, ma vie était trop compliquée pour que je l’ouvre aux autres, qu’avais-je à offrir à part du mensonge ? Puis je me ravisa, mon erreur au premier semestre fut de me distinguer par ma solitude, je ne devais pas commettre la même erreur, je devais me fondre dans la masse. Ce fut donc un peu forcée que je me liai avec elles, mais bientôt leur enthousiasme me gagna, après tout j’étais encore en vie ! Après quelque conversation Angélique osa enfin me demander :
- Excuse moi mais ton accent m’interpelle, tu viens d’où ? Tu n’es pas obligée de répondre si ça te gène.
- Pas du tout ! Je viens de Hongrie, je fais une année Erasmus.
- Pourquoi tu as choisi le Canada ?
- Car c’était loin répondis-je dans un sourire.
- La chance me lança-t-elle d’un ton traînant.
Elle enchaîna en direction des son groupes :
- Pour fêter ça soirée potin pizza ce soir chez moi !
Sur un coin de mon cours elle inscrivit son adresse.
- Je ne suis pas certaine de pouvoir venir.
- N’importe quoi, aucune excuse ne sera acceptée, tu n’as pas tes parents sur le dos, à moins que tu es une soirée romantique de prévue.
- Non rien de tout ça, mais…
- Je ne veux rien entendre, tu habites où ?
- A la résidence des estudentines.
- Parfait Tiff passera te prendre.
- 21 heure renchéri l’intéressée.
Soit, je n’avais pas le choix. J’appréhendais cette soirée, me voyant à l’avance m’engouffrer dans un tourbillon sans fin de dissimulations et tromperies. Mais ce ne fut pas le cas, ma vie n’intéressait pas ces filles, nous passâmes la soirée à parler des autres sans nous dévoiler. Ce fut la première d’une longue série de soirée potins pizza.