
Un soulagement sans borne me saisit. Lorsque Estale entra pour nous prévenir que c’était l’heure de partir elle vit sa fille dormir, et des larmes coulèrent le long de ses joues. Je lui souris en lui laissant des instructions (la faire boire, lui donner le médicament, la couvrir et tout ce qui me passait par la tête). Elle s’étonna de la forme des médicaments:
-C’est notre guérisseur, il aime bien les médecines rondes et blanches qui font pschitt dans le verre. Ça l’amuse, que voulez vous ?
Puis je sortis pour les laisser en famille attendant Tristan dehors, je ne savais pas où j’étais, j’étais évanouie hier lorsqu’on m’avait apporté ici. Je profitais de cet instant pour adresser une supplique au vieux barbu les yeux perdus dans le ciel, un coup de main ne serait pas de trop. La taverne n’était pas très loin de la maison, en plein centre ville il me semblait, je n’avais pas encore visité le village.
- Vous êtes en retard, nous lança Lucien derrière son comptoir. Puis sa mâchoire lui tomba quand il vit ma tenue
- Mais qu'est-il arrivée ? Pourquoi ta robe est déchirée ? T'a-t-on agressée ?
- Non, c’est une longue histoire mais si elle se termine bien alors le sacrifice en valait la peine. En attendant son dénouement je fais quoi lui, demandai-je ?
- Tiens prends ce balai et fais les sols, ensuite tu pourras passer la serpillière et faire les tables. Quand tu auras fini tu aideras Trist au service.
À la réflexion je n'était pas certaine de fini un jour. L’endroit ne devait pas avoir vu un plumeau depuis ma naissance (enfin façon de parler parce que là si on y réfléchit ça devient compliqué). Je me mis ardemment au travail. Attention entendons nous bien, ce n’est pas que j’aimais faire le ménage, mais j’avais besoin d’une activité physique pour ne plus penser à l’enfant (Fanny avais-je appris). De temps en temps je lançai un coup d’œil vers le père ou le fils, ils paraissaient enjoués, je les enviai, l’image de la fillette me hantait. Alors je me jetai à corps perdu dans mon travail me transformant en une véritable tornade blanche, prenant tout de même garde à ne pas trop effrayer les clients d’ailleurs, propreté et hommes « virils » ne font pas toujours bon ménage.
- Et bien, tu es efficace me glissa mon employeur à l’oreille. J'hochai la tête. Arrête ce que tu fais et aide mon fils il va bientôt être débordé. C’est simple tu prends les commandes et tu me les rapportes, je te donne ce qu’il faut et tu l’emmènes au client. Ça va tu as compris ?
J'opinai d’un air déterminé puis partis en mission sous l’œil attendri de mon patron. Au début tout se passait bien. Les commandes n’étaient pas très variées, en général les clients demandaient un interdit qui devait être un cocktail, spécialité de la maison. C’était une boisson rouge, mal odorante mais dont les clients raffolaient. À chaque fois qu’ils me le demandaient les hommes me faisaient un clin d’œil. Pourquoi ? Ça je ne l'ignorai, pas plus que j‘expliquai la gène de Lucien les premières fois où je revins avec la commande. Cette impression disparut avec l‘inflation des commandes. Il faut avouer que le bar était victime de son succès, il était saturé. Je ne savais plus ou donner de la tête. Dans un instant de pause je demandai à Tristan :
- C’est toi qui gères tout ça tout seul d’habitude ? Ce n’est pas possible comment tu fais ?
- On s’habitue mais je dois avouer que ton aide n’est pas de trop…
Il allait continuer mais déjà un habitué le hélait.
- Ne te dérange pas j’y vais, profite.
Et je m’élançai parmi les clients. Il était tard et les hommes étaient bien excités, l’alcool commençait à faire son effet. Je sentais la température monter, toute femme ayant pris le métro ou n’importe quel transport en commun connaît cette impression. Ça sent l’homme, c’est irrémédiable on va se faire pincer les fesses. J’avais vu juste, un homme reste un homme et dans un lieu bondé, imbibé de boisson tous ont le même réflexe. Et comme toute fille habituée à ce genre de situation j’ai aussi mes automatismes, la gifle claqua d’un coup net fendant toutes les conversations. Je ne pensai pas que j’avais le droit de frapper les clients, mais ce ne fut pas ma principale préoccupation.
- Ne me touche pas ! c’est simple tu commandes, j’apporte les boissons et ça s’arrête là. Je recommence ou tu n’as pas compris ?
- Tu cherches la bagarre.
Divin témoin 59