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La louve et le prince, tous les articles.
La louve et le prince, résumé.
Puis je réalisai que ma mission était terminée : le jour était levé, aussi les risques de la nuit n'étaient plus. La veille Yule avait dit que le jour, ils ne craignaient pas les voleurs. Je baillai. Mon subconscient avait compris que j'étais devant une alternative : bailler aux corneilles jusqu'à ce que tout le monde se réveille ou finir ma nuit.
Un sourire d'aise prit possession de mes lèvres lorsque je me laissai aller sur la couverture. Mais alors la masse inerte qui reposait sur ma jambe bougea ; je me souvins que c'était la tête de Prince. J'ouvris un œil mais le refermai bien vite lorsqu'il se coula dans ce que je supposai être un demi sommeil, tout contre moi, à ma hauteur.
J'enfouis le nez dans ses cheveux sombres, mais on commença à bouger autour de nous. Lorsque les murmures se muèrent en paroles, je compris que j'avais été victime d'une erreur de jugement. Maintenant que le soleil était levé ce n'était plus le moment de dormir, mais celui de se lever. Je grognai malgré moi contre les voix irrespectueuses de mon sommeil. Mais soudain on rit très près de moi, une secousse dérangea ma quiétude. Lorsque je daignai renoncer au sommeil, je compris que c'était Prince qui riait de ma réaction, toujours lové contre moi. Il se mit sur le dos, et se releva sur les coudes.
- Tu as envie d'un chocolat chaud et d'une bonne douche, Tarah ? Me nargua-t-il d'un voix éraillée par le sommeil.
- Oui, répliquai-je distraitement, ce serait un plaisir.
- Alors fais une croix dessus sans délais. Mais à la place il y a des fruits et la rivière.
- Fantastique, grognai-je. Tu n'es pas drôle, Prince.
- Cesse de râler et viens te laver, tu as de la bave juste là, se moqua-t-il en désignant le coin de ma bouche que j'essuyai en faisant la moue.
J'eus un regard vers le gel douche mais m'en détournai bien vite. Je me contentai d'une serviette et de changes. Hop, d'humaine au bord de la rivière je fus bientôt louve désorientée. Le grand félin me donna une bourrade ; le dominant de ma taille de monstre, je le plaquai au sol en refermant les crocs sur sa gorge agitée de grognements. Un ange passa, je récupérai doucement le contrôle, d'une humeur massacrante. Je suivis la panthère dans l'eau glacée ; là s'arrêta mon passage taciturne : je m'amusai de sa réticence que je n'avais pas notée a veille. Les félins n'aiment pas l'eau. Pour ma part je pataugeai joyeusement en lui mordillant la nuque. La gueule ouverte la panthère se détournait sans arrêt, mais si mollement que je n'avais jamais trop de mal à m'attaquer de nouveau à elle la seconde d'après. Mais soudain elle s'emporta ; avant même de comprendre ce qu'il se passait je fus sur le dos entre ses pattes. Je sentis mes chairs céder sous les griffes qu'elle avant plantées sur mon torse. La rage tenta de percer le filtre humain à mon esprit, aussi jugeai-je plus sage de redevenir humaine.
Un long cri déchira l'air, le mien. Les écorchures faisaient mal, et elles étaient larges, bon sang ! La panthère me regardait les yeux ronds, bientôt elle devint un homme. Nous étions là, lui les mains crispées entre nous, moi tremblante devant lui.
- Excuse-moi, fit-il la voix chevrotante, je n'ai pas voulu te faire de mal, mais tu es allée trop loin, Tarah.
Il fit un pas vers moi mais je reculai pas réflexe. Je me détournai pour attraper la serviette en répliquant d'une voix mal assurée :
- Je... me suis laissée guider par mes instincts de survie, ce n'est rien... Et Merde, crachai-je de toutes mes forces.
Il posa une main sur mon dos pour me tranquilliser et récupéra la serviette qui venait de glisser pour la troisième fois de mes mains trop tremblantes.
- Redeviens louve, pour refermer ces entailles, fit-il de la voix du sage.
Je fermai les yeux et cessai enfin de trembler lorsque la transformation s'acheva sur l'éternel hurlement à la lune. Finalement, il me laissa faire le vide à mon esprit, alors que je prenais quelques secondes de paix avant de redevenir humaine. Il hocha la tête en vérifiant que je n'avais plus rien.
- Allons-y, conclut il lorsque nous fûmes vêtus.
Lorsque l'on rejoignit Yule, j'étais concentrée sur l'idée que ce serait heureux que je cesse d'être la pleurnicheuse de service.
- Venez manger un brin, les autres l'ont déjà fait, de même que moi. Je vais finir de tout ranger pour que nous puissions repartir dès qu'ils reviendront de la rivière.
Nous nous exécutâmes sans un mot. Enfin le couple revint et j'eus la joie de constater qu'ils souriaient et se tenaient la main.