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La louve et le prince, tous les articles.
La louve et le prince, résumé.
Son regard songeur m'indiqua qu'il y avait quelque chose.
- Qu'est-ce qu'il y a avec sa façon de boire le thé ? Interrogeai-je maladroitement, la buvant du regard.
Elle gloussa mais confirma sans attendre :
- Depuis des années nous faisons nos poses au même moment, ce qui est étrange parce que les autres les prennent plutôt à heures rondes. Ils arrivent à neuf heures, prennent une boisson à dix, puis onze... Enfin tu vois. Mon premier jour j'ai pris ma première pause à dix heures trente, puis midi, puis je suis allée manger à treize heures trente, j'ai repris une pause à quinze et à seize c'était terminé. J'ai toujours gardé ces horaires. Je trouve que la journée passe plus vite ainsi. Dès la première fois il était là avant moi, et depuis lors, il est déjà là quand je prends ma pause. Il m'a expliqué un jour qu'en prenant la pause de quinze à la demi ou de quarante cinq à pile il est sûr d'être tranquille.
Comme ces créatures étaient disciplinées, sans surprise mais pourtant délicieuses...
- Il aime la solitude, notai-je. Ce n'est pas ce que tu me disiais le premier jour. Il correspond donc à tes critères à ce sujet. Et note bien qu'il n'a jamais modifié ses horaires. Il aurait pu se calquer sur les tiennes. Mais il ne s'est jamais abaissé à le faire. C'est plus intéressant.
- C'est vrai, fit-elle en hochant la tête, songeuse. Mais ce n'est pas la seule chose qui m'intrigue dans sa façon de prendre le thé. Chaque fois je le trouve là, contre le mur, un pied dessus, l'autre au sol, adossé un peu loin, ce qui flatte sa silhouette. Le regard ailleurs. Puis lorsque j'arrive, les quinze minutes sont passées. Il lance le gobelet qui atterrit chaque fois dans la corbeille, puis il retourne travailler en me lançant un clin d'œil.
Je dus faire un effort pour ne pas baver sur la table tant je trouvais cette situation romantique. Je me forçai à me reprendre pour ne pas correspondre au stéréotype de la blonde qui ne s'intéressait qu'aux douces histoires d'amour.
- Donc la seconde pause ? Questionna Prince, beaucoup plus terre à terre.
Je soupirai malgré moi, ce qui tendit l'atmosphère d'une manière que je trouvai inopinée.
- Ne précipite pas son récit, me plaignis-je pour m'expliquer.
Dans un éclat de rire, elle reprit pour nous satisfaire.
- A la seconde pause je lui glisse au moment de se croiser : « Ça te dit de prendre un verre ce soir après le travail ? » « Tout dépend », répond-t-il. Alors ébahie, je le laisse retourner à son bureau. Le midi pareil on se croise, je vais chercher mon sandwich quand lui est de retour avec le sien. Alors de la même façon, je lui demande de quoi cela dépend donc. Il répond qu'il le saura quand il aurait fini de manger. Alors tout étonnée je ramène mon repas à mon bureau, mais je découvre que je n'ai aucun appétit.
- Tu voulais savoir, notai-je idiotement.
Elle me décocha un regard entendu, qui prouvait qu'elle-même avait été surprise par ce constat d'une évidence pourtant désarmante.
- Peut être bien, confirma-t-elle à voix haute. Alors au lieu de manger, je suis allée frapper à son bureau. Il a demandé qui c'était et quand je le lui ai dit, il a répondu qu'il était occupé. Vous croyez qu'il a un flirt parmi les collègues ?
Je voyais surtout qu'il avait réussi à le lui faire craindre, ce qui était très finement joué.
- Continue et je te répondrai, fis-je prudente.
- Bon alors je suis retournée travailler. Mais aussitôt après il est venu toquer. Je l'ai fait entrer. Il s'est assis devant moi et il m'a dit : « Cela dépend si tu aimes manger épicé ou non ». J'ai répondu que oui, alors il a dit qu'il acceptait d'aller dîner ce soir.
Prince leva les yeux au ciel et je le taquinai :
- Ose dire que tu aurais été si original.
Offusqué il m'adressa un autre regard noir, suite auquel je pressai encore Yule de continuer.
- L'après midi il était encore là avec son allure féline à côté de la machine à café. En partant il m'a dit qu'il avait revu ses positions. Il ne pouvait plus dîner. Je n'ai pas eu le temps de lui demander pourquoi.
Finaud, songeai-je comme toujours.
- Étrange, relevai-je prudemment.