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La louve et le prince, tous les articles.
La louve et le prince, résumé.
Lorsque je m'écartai pour cueillir sur ses lèvres l'espièglerie que je percevais au son de sa voix, j'eus un léger cri en découvrant ses lèvres retroussées. Je reculai par réflexe, tandis qu'il émettait un grognement de bête désappointée. Mais il fit un pas maitrisé en arrière, avant d'opérer un lent tour sur lui-même, visiblement tendu. Lorsqu'il me fit de nouveau face, les mains levées en un signe
pacifique, il arborait un sourire innocent, comme s'il n'avait pas failli me mordre sans me demander la permission un instant auparavant. Un silence nous sépara quelques secondes. Puis j'inspirai à fond, avant de reprendre là où nous en étions, en une tentative de paraître plus forte que je ne l'étais en réalité :
- D'après ce que j'ai compris, tu devais rester seul le temps d'avoir l'âge nécessaire pour qu'être aimé n'entrave pas ton rôle. A cet âge tu devais te rencontrer. Cela ne signifie-t-il pas que tu peux aujourd'hui revoir tes parents, s'ils ne sont plus un danger pour ce que les Dieux attendent de toi ?
Son sourire s'élargit, puis il quitta son masque inoffensif pour paraître sous son vrai jour : de nouveau il affichait son air supérieur de créature parfaite et dangereuse.
- Je suppose que tu as raison, fit il très lentement, comme on fait quand on réfléchit en parlant. Mais nous ignorons où les trouver, Tarah.
Les yeux paupières plissées, il s'avérait davantage curieux de connaître mon plan, que réellement inquiété par l'objection qu'il venait de mettre à jour.
- Existe-t-il beaucoup de falaises comme celles qui abritent la grotte de la Reine de Terra ?
Il haussa un sourcil, jouant avec moi sans songer que cela devenait troublant. Je crois que je continuai pour lui prouver ma valeur, nouvellement désireuse de mériter la confiance des Dieux. Un instant je songeai que rien n'était jamais gagné, qu'après tout je pouvais me retrouver sur Terre aussi vite que je l'avais quittée, si tel était leur désir. Prince répondit d'une façon qui prouvait qu'il avait déjà résolu le problème : il m'expliqua plus qu'il ne réalisa :
- La forêt est bordée d'une longue plage et au bout, se trouvent les falaises. Ma mère y monte à pied, donc nous devrons chercher un endroit où l'on peut grimper ainsi. Ou descendre. Nous pouvons toujours aller voir.
Je le suivis tandis qu'il se préparait déjà à quitter la maison des elfes, se coulant avec la grâce qu'il ne quittait jamais, dans les couloirs familiers, qui me manquaient déjà.
- Oui, confirmai-je. Je vois que toi aussi, tu préfères ne pas demander d'aide magique.
Il coula sur moi son regard doré, sous lequel je me sentis toute petite, avant de prononcer fièrement :
- C'est un but personnel, il ne faut pas abuser de la générosité de nos amis.
Je hochai précipitamment la tête : la magie les fatiguait tant !
- C'est aussi mon avis, opinai-je. Est-ce donc assez près pour s'y rendre à cheval ?
Il sembla calculer en vitesse, estimant visiblement chaque détail, comme il y était habitué en tant qu'oracle, élu des Dieux réalisant leurs désirs.
- Il faut sans doute moins de trois heures de route depuis ici. Yule et moi sommes allés assez souvent à l'océan depuis la maison, or l'aller-retour était faisable dans l'après midi.
Prince se hissa sur le dos de Rubis, attrapa le sac de provisions que nous avions préparé et que je lui tendais. Puis il m'offrit sa main. En me laissant attirer devant lui, j'eus un sentiment de bonheur oppressant. Cette créature était la plus parfaite au monde : belle, forte, intelligente, dangereuse donc excitante. Or j'étais dans ses bras, filant au galop vers l'aventure dans un monde magique où les Dieux m'avaient invitée.
Rubis fila vaillamment les deux premières heures, mais Prince me convainquit qu'il fallait ralentir, qu'il ne tiendrait pas le retour si nous nous y refusions. La fin du trajet fut donc avalée au grand trot, de telle sorte que nous arrivâmes face à l'océan en milieu d'après midi. En grignotant une pomme, je scrutai intensément les falaises, comme Prince, songeant qu'elles étaient abruptement escarpées.
- Suivons les falaises et si nous ne trouvons pas aujourd'hui, alors la prochaine fois sera la bonne, proposai-je rompant notre silence méditatif.