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La louve et le prince, résumé.
La louve et le prince, tous les articles.
A vingt-trois heures nous trouvâmes Yule qui s'acharnait sur la serrure.
- Et bien ? S'exclama tendrement son presque frère.
- Je tremble trop, pesta-t-elle, ouvre, toi, je n'en peux plus.
Nous la fixâmes un moment puis je fis remarquer :
- Ouvre, Prince, parce qu'on sera plus à l'aise à l'intérieur pour la consoler, quand même.
Telle une machine soudain dégrippée, il s'exécuta. Nous nous assîmes au salon avec du thé, alors elle prit une inspiration saccadée puis commença son récit sans que nous ayons à lui poser de question.
- Ce matin j'ai pris mes notes pour travailler dans son bureau. Il m'a expliqué calmement « Yule (elle ne put retenir ses larmes plus longtemps), comme je te l'ai dit hier, je suis vraiment désolé mais nous ne pouvons plus nous voir. ». Alors déterminée, j'ai répliqué « on ne se voit pas, là, on travaille, Adam ».
- Tu es géniale, souris-je.
- Bof, il a répondu un peu plus durement « C'est sérieux, Yule, je ne veux plus rien avoir à faire avec toi. Allez retourne dans ton bureau et ne m'oblige pas à faire ça. ».
L'immortel, jusque-là calé au fond d'un fauteuil, l'air mauvais car on faisait du mal à celle qu'il aimait, s'avança lentement, menaçant, accoudé à ses genoux, penché vers la jeune elfe:
- Quoi, ça ? Grogna-t-il doucement.
Je crois qu'à sa place, je me serais sentie cernée par sa colère. Mais elle semblait l'apprécier. Elle le connaissait si bien, elle était capable d'apprécier tout de lui, même son inhumanité. Je frissonnai, me sentant de nouveau exclue, inutile et seule.
- C'est la même question qui m'est venue, avoua-t-elle ainsi. Il m'a regardé d'un air glacé et a dit très lentement : « Sors d'ici, Yule, j'ai fait une erreur en te faisant la cour, tu es moche et désagréable. ». Je suis allée vomir aux toilettes.
Prince bondit du fauteuil, puis se mit à tourner en ronds tel un fauve en cage. Elle lui prit la main au vol, le força à une étreinte fraternelle à laquelle il répondit brièvement mais parfaitement, tant de mon point de vue que de celui de l'elfe, qui visiblement se sentit un peu mieux.
Elle le libéra puis continua :
- Mais je savais qu'il n'était pas sincère alors je suis retournée dans son bureau. J'ai dit bonjouuuuur, Adam, comment ça va, ça fait une paye. Il n'a pas levé les yeux. Donc je suis passée au plan B. J'ai débité une longue tirade qui l'a fait lever les yeux dès les premiers mots : « Je sais que tu tâches de me cacher quelque chose de grave, peut-être crois-tu me protéger en me rejetant de ta vie. Mais je ne suis pas d'accord, tu me plais, à moi, et je veux essayer. J'ai été insouciante hier, pardonne moi, cela ne se reproduira pas : je te laisserai ton espace vital, je respecterai ton silence. Laisse-nous une autre chance. » Il a pesté qu'il voulait que je sorte de là tout de suite. Comme il me menaçait du regard, j'ai fini par ressentir l'envie de pleurer loin de lui.
Prince débuta plusieurs phrases, mais n'en termina aucune, se contentant de fulminer en tournant en ronds, peut-être en attendant qu'elle ait terminé pour décider s'il lui tranchait la gorge le soir-même ou un peu plus tard, afin de murir le plan qui produirait le plus de peur et de douleur.
- C'est tout pour tout le reste de la journée, je parie, déplorai-je.
Elle opina et continua :
- En sortant du travail je l'ai suivi. Je savais qu'il ne servait à rien de lui parler mais je pensais l'avoir à l'usure. Il est allé aux falaises et sans un regard pour moi il s'est déshabillé avant de sauter. Sans hésiter j'ai sauté aussi. Comme l'autre fois au bout d'une heure il a bien vu que ça n'allait pas même s'il m'avait ignorée jusque là. Il m'a ceinturée et m'a ramenée sur la berge. Puis il a passé du temps avec sa jument. Il n'a pas paru aussi guilleret que la dernière fois, mais ça ne l'a pas empêché de s'en aller sans un regard pour moi. Je l'ai suivi jusque devant chez lui et il m'a claqué la porte au nez. Je suis rentrée et vous connaissez la suite. Qu'est-ce que je dois faire ?
Prince et moi répliquâmes simultanément. Je retranscris sa réponse en braquant sur lui regard interloqué :
- Rien de plus, il va revenir tout seul.
Ce qui en disait long sur Prince. Je m'étais trompée sur son compte : il pensait avoir cerné Adam, il se courrouçait peut-être de voir sa sœur embarquée dans pareille histoire. Mais il pensait qu'elle ne craignait rien. Agitée elle parut soulagée que tel fût son verdict. Mais elle finit par céder à ses instincts :
- J'y retourne. A demain et merci.