manuscrits de fantasy promettant action, guerre et amour. Si vous aimez les vampires, loups-garous, dragons, fées, anges ou toutes autres créatures fantastiques c'est gratuit. laissez un mot aux auteurs Chloé et Solenne pour les aider à trouver un éditeur.
Le destin des immortels - nouvelle publication
Elle alla s'asseoir au bar en verre, aseptisé. Perchée sur une chaise haute, elle mit à profit la diversion ainsi créée pour se demander si le mariage avec un immortel était un effort qu'elle pouvait accepter, au-delà de cette partie d'échecs verbale. Lui posa la lettre et s'appuya sur le bar de part et d'autre d'elle, face à l'immortelle, les bras tendus, pour se pencher sur elle. Maintenant elle était la souris beaucoup trop près du chat. Mais elle ne sentait pas de danger immédiat. Aussi ne recula-t-elle pas comme précédemment.
- De quelle liberté parles-tu, Shalimar ? Tu fais les poches des passants, d'après ce que je comprends. Quels sont tes loisirs, au juste ? Laisse-moi deviner : parfois tu t'achètes un bouquin, ou un CD pour aller marcher en musique. C'est tout, n'est-ce pas ? Parce qu'il faut une couverture solide, pour avoir le temps et l'occasion de se faire des amis, pour avoir des loisirs collectifs, s'inscrire à un sport quelconque. On a vite fait de vous demander une pièce d'identité. Or sans mon aide, ce n'est pas facile d'obtenir les papiers d'identité.
Il marqua une pause, la fixant sans colère, pour lui laisser le temps de réfléchir. Elle en était consciente, mais cela fonctionna quand même. Elle avait expérimenté tout ce dont il avait parlé. Tout peuple avait besoin d'un chef. Lui seul avait le bras assez long pour procurer les miracles. Seule, elle avait rapidement compris que tout ce qu'il venait d'évoquer était effectivement inaccessible.
- Alors oui, reprit-il, tu es libre comme l'air, à tel point que tu n'as jamais le temps ou l'occasion d'en profiter. Car de surcroît, cela prend du temps, de voler, d'acheter le change pour le lendemain, de trouver un moyen de se rendre propre... Et ton temps est compté, à l'aube c'est terminé. Tu es toujours libre, mais changée en chauve-souris ou en louve, les loisirs se font rares. Je comprends tout de suite mieux pourquoi tu ne veux pas avoir une famille, un travail et une maison où rentrer le soir et avoir des gens à qui parler, ainsi que des choses à faire la nuit. Un chez-toi où la journée, tu pourrais tirer les rideaux pour continuer à mener une vie normale et à faire les boutiques sur le net.
Elle crut que maintenant qu'il l'avait achevée, il continuerait sa lecture. Elle s'était méprise. Il attendait la réponse. Il savait qu'il avait fait mouche, parce que cette fois, c'était le moment. Jusqu'à ce jour, elle avait refusé de se soumettre à son autorité. En échange, il lui refusait les avantages qu'il accordait aux autres. Aujourd'hui, il pouvait faire mouche, parce qu'elle avait rarement eu autant besoin de lui. Ce qu'il pouvait lui procurer n'avait pas été aussi tentant depuis bien longtemps. En tant que chef, il n'avait jamais abandonné, parce que c'était son rôle. Il insisterait tant qu'elle vivait, pour la soumettre à son autorité, en échange des avantages qu'il avait à lui offrir.
Elle aurait pu lui expliquer ses raisons, même si son refus demeurait d'actualité. Mais si Shalimar répondait, comme il l'attendait, elle allait pleurer, c'était évident. Alors elle attendit qu'il perde patience. Il leva un sourcil et durcit le regard. Elle devait répondre. Elle le fit et les larmes coulèrent, comme elle l'avait pressenti.
- Je ne supporterai pas d'avoir un mâle qui rode autour de moi, Sofiane. Est-ce tellement difficile à comprendre ?
Elle souhaita de tout cœur qu'il ne la pousse pas davantage dans ses retranchements. C'était trop difficile d'en parler. L'idée d'un vampire qui aurait toute légitimité à fondre sur elle chaque fois qu'il le désirerait la rendait malade depuis aussi longtemps qu'elle s'en rappelait.
- Assez, oui, par comparaison à tout ce que tu y gagnerais, répondit son chef. Qu'est-ce que tu crois ? Ce serait un type comme toi qui voudrait être laissé tranquille et...
Il venait de réaliser que non. Un mâle, même vampire, ne la laisserait pas en paix. Même les immortels voyaient bien la beauté de leurs semblables, comment aurait-il pu en être autrement ? Non que Shalimar fût plus jolie que la moyenne de celles de son espèce. Mais elle était tout aussi désirable que toutes les autres. A l'inverse, elle voudrait réellement être laissée en paix.
- Bon, peut-être pas, reconnut-il, mais les mâles de notre espèce sont beaux eux aussi, Shalimar, tu pourrais te prendre au jeu. La plupart finissent par le faire, plus ou moins rapidement.
Il ne savait pas ce qui était arrivé à Shalimar, il ne pouvait donc pas la comprendre. Elle n'en avait jamais parlé. Mais soudain, alors qu'elle s'en était toujours passée, elle voulait qu'il comprenne, pour qu'il cesse de la harceler, enfin. Elle commença plusieurs phrases, mais n'en termina aucune. Elle reformula le début plusieurs fois, puis réussit enfin à le dire de telle façon qu'on pût comprendre :
- Lorsque j'ai été transformée, j'ai été violée, Sofiane. Des dizaines de fois, jusqu'à ce qu'enfin, je sois devenue assez forte pour l'arrêter et le faire payer de sa vie. Alors non, je ne veux plus jamais qu'un vampire demande quoi que ce soit d'approchant. Je ne supporterai pas son regard lubrique, ses... gestes, et...
Shalimar ne put pas continuer. Tout son être s'était bloqué. Cette sensation lui fut presque douloureuse. La stupeur prit possession du visage de l'immortel, le rendant enfin plus humain, en admettant que ce fût possible.