
La nuit fut courte pour les amants pourtant le garde se réveilla assez tôt pour assister au lever du soleil qui se jouait derrière la fenêtre. Dans ses bras reposait sa femme. Il l’aurait repoussée s'il n’avait craint de ranimer la souffrance dû à sa blessure, alors il la garda, bercé par la chaleur de son corps et sa douce respiration. Comme à chaque fois qu’il faisait l’amour à une femme Etanne se sentait sale et s’en voulait. Il était conscient de n’être devenu qu’un objet pour demoiselles désœuvrées. Si pour devenir un homme il fallait se battre contre lui, pour devenir une femme respectée il fallait entrer dans ses draps. Etanne s’en voulait de céder ainsi aux caprices de ces femelles qui l’utilisaient pour se vanter, et le matin au réveil il n’avait plus aucune estime de lui. Il soupira, c’était lui qui hier avait décidé de cette fin cependant il avait hâte de se lever pour aller prendre une douche, seul cette fois ci. Siléa aussi était réveillée mais elle profitait des bras de son époux. Décidément c’était compliqué d’avoir un câlin. Néanmoins elle percevait le malaise de son époux, elle se dévoila alors en lui demandant :
- Qu’est ce qui ne va pas ?
Etanne sursauta, complètement plongé dans ses réflexions il n’avait pas sentit le réveil de sa femme. À l'accoutumé, au lendemain il rabrouait sèchement le peu de femmes qui avaient daignées passer la nuit entière dans ses bras. Cependant pour Siléa il essaya de se modérer.
- Rien ma douce, je vais me laver. Alors qu’il faisait un geste pour se lever elle l’agrippa
- C’est moi ?
Il la regarda étonné, pourquoi aurait elle quelque chose à se reprocher. Quand il vit le doute dans ses yeux il soupira. Bien sûr elle avait senti son mal être et pensait en être la cause, il sourit, cette attitude le touchait.
- Non, non ce n’est rien je t’assure. Il se redressa mais elle ne le laissa pas partir.
- Alors c’est Brice.
À ce nom le garde se raidit, comment pouvait elle croire que l’homme qui l’avait poignardée trouvait encore une place dans son esprit ? Il allait le lui dire mais trop tard la jeune femme avait posé la tête de son époux contre ses seins et l’avait entouré de ses bras.
- Pleure lui dit elle doucement
À sa grande surprise les larmes commencèrent à couler. Il voulut la repousser, il lutta contre sa tendresse mais elle refusa de le lâcher. Soudain il entendit un gémissement de douleur quand elle força sur son bras gauche pour le retenir. Alors il capitula, sa laissant entraîner des son étreinte. Le garde pleurait sur la trahison de son compagnon de jeu, sur la mort de son ami. Puis défilèrent devant ses yeux toutes ces années perdues à devenir quelqu’un qu' il n’aimait pas. Les larmes de haine firent place aux larmes de rage qui ne durèrent que quelques instants. La douleur accompagnée par les regrets vint ensuite, pour se briser sur le soulagement. Toute une enfance, toute une vie furent déversées ce matin là. Ses émotions, ses souvenirs se changèrent en eau qui ruisselait sur la poitrine d’un ange. Quand il fut enfin apaisé Etanne leva la tête vers sa femme qui avait les yeux rouges d’avoir accompagner son époux au delà des mots. Il pensa à la douche, il pensa au fait qu’il ne voulait pas s’endormir dans ses bras puis ils se laissa aller, tant pis. Le soleil descendait quand sous les caresses de sa femme bienveillantes il s’assoupit.
Le lendemain elle était là avec un plateau, un nouveau mois commençait. Sa pierre continuait de rouler et de grossir. Tout son instinct lui disait qu'il était en danger, mais il ne pouvait rien faire face à ce roc imaginaire.
le prisonnier de l'ange 114