
Quand elle arriva devant la salle elle se félicita de son initiative : le sultan était armé. D’un pas décidé elle se dirigea vers lui faisant ainsi danser les voiles autour de ses jambes. Son mari la suivait, il ne perdrait pas un mot de la conversation et des exigences du sultan,il était quand même décidé à l’arrêter si il en demandait trop. Cali se mit à genoux et dit devant tout le monde
- J’implore votre indulgence pour ma conduite déplorable. J’en appelle à votre grandeur d’âme et à votre magnificence sans limite pour bien vouloir effacer ma misérable tenue devant vous.
Lucas fut fier de sa femme, elle savait mettre son ego de coté pour le bien de tous; mais il ne comprenait toujours pas son attitude.
- Puis je savoir les raisons de cette attitude ? Ai-je fait quelque chose pour vous déplaire ? Reprit le sultan. Cali compta sur l’apogée de l’imbécillité masculine pour recourir à la dernière des plus pitoyables excuses
- J’avais des problèmes féminins que mon seigneur ne peut comprendre, vous savez les femmes sont faibles devant vous.
- Ha fit l’homme comme si ça éclairait tout le mystère. Vous êtes toute excusée puisque seule votre nature est en cause.
Crétin ! hurla Cali dans sa tête, pourtant elle dut reconnaître que cette réponse avait satisfait le sultan et soufflé son mari. Elle lui fit un clin d’œil et entra avant lui dans la salle le laissant figé par son culot. Hum, se dit-elle, cette excuse ne marchera pas avec lui. Cependant le répit que lui laissait la stupeur de son mari fut la bienvenue. Elle s’approcha d’Etanne et lui saisit la main, étonné par ce contact le soldat la regarda dans les yeux et en un instant elle le paralysa. Elle eut l'impression qu'un fer chauffé à blanc la traversait mais ce n'était rien, juste le prix de la magie. Puis elle se tourna vers Lucas qui prenait place devant eux indifférent à l’agitation mentale de son ami. Dans un geste tendre la jeune fille se plaqua contre son dos et glissa ses mains sous la chemise de son mari pour s’arrêter sur son torse. Il voulut la repousser mais c'était trop tard il était figé à son tour. De nouveau l'étreinte de la douleur se fit sentir mais elle la repoussa. Et voila se dit elle j’ai perdu toute mes protections, il ne me reste plus qu'à me faire frapper. Je suis réellement insouciante ! Puis elle se pencha pour murmurer à l’oreille de son époux qu‘elle n‘avait pas lâché.
- Je sais qu’en ce moment tu dois me détester, mais je ne fais pas ça pour m’amuser.
Cali libéra à regret son étreinte et se plaça devant son époux immobilisé pour le regarder droit dans les yeux.
- Si il m’arrive quelque chose m'empêchant de t’expliquer mon geste, pense à aller voir l’article 111-6-820 quatrième paragraphe, alinéa 2, trentième tirets, second points. Je l’ai marqué sur ce bout de papier de peur que tu ne t’en souviennes pas. Je pense qu’il serait utile de revoir la numérotation de vos codes, c’est un peu compliqué. Tandis qu'elle lui parlait elle glissa le papier dans une poche de pantalon.Les yeux de la jeune femme se voilèrent d’une immense tristesse,elle prononçait peut être ses derniers mots à son époux. Je suis profondément désolée pour tout le mal que je t’ai fait. J’en suis consciente tu sais, j’aurai préféré que ça se passe autrement. Elle se mit à lui caresser le visage alors que les yeux de son mari étincelaient encore de haine. Je suis sans doute un peu folle car je suis finalement contente de t’avoir connu, même si ça aurait été mieux dans d’autres circonstances. Veille sur toi et surEtanne je te confie mon peuple. Ne trouvant rien à ajouter elle se pencha et déposa un baisé sur les lèvres de son époux impuissant. Elle fut submergée par des émotions qu’elle fut pour la première fois seule à ressentir. Puis elle se décida à créer une illusion, aux yeux des autres son compagnon bougerait et s’agiterait comme tout les jours, seule elle s’apercevrait de son inertie. Elle s’assit enfin se rendant compte que tout le monde les regardaient.
A coté Lucas était de plus en plus perdu dans l’attitude de sa femme. D’abord pourquoi l’avait elle figé ? Il sentait enfin la frustration d’Etanne derrière, il avait du subir le même sort. Pourquoi lui faisait elle ces déclarations totalement niaises et déplacées ? Il s’en voulut, il avait du la taper trop fort hier soir, il l’avait brisée. D’ailleurs la jeune femme reconnaissait toute seule qu’elle n’avait pas toute sa tête. Et puis c’était stupide elle parlait comme si elle allait mourir et lui survivre, ce qui était impossible par sa faute. Il fut pris de panique sous ses coups elle avait perdu la mémoire et ne se souvenait plus du sort. Il allait mourir car sa femme était victime d’amnésie à force d’être cognée. Il fallait l’avertir mais il ne pouvait plus bouger. Cependant une autre alarme s’alluma lorsque la jeune femme l’embrassa et qu’il ne ressentit rien, pourtant quand elle releva la tête il vit dans ses yeux le trouble provoqué par cet ultime adieux. Elle a brisé le lien. Lucas comprit soudain le vide qu’avait laissé le sort de guérison de ce matin. Mais pourquoi ? Quel était encore le plan suicidaire qu’elle avait mis en place dans sa jolie petite caboche ! Anxieux le prince se maudit de ne pas l’avoir forcée à parler. Il était maintenant réduit à l’impuissance devant attendre qu’elle agisse. Pendant deux heures tout ce passait normalement et il commençait à se détendre.
Cali rassemblait son courage elle avait que jusqu’à midi et il était déjà 10 heures, il fallait qu’elle agisse maintenant. Elle murmura un dernier « désolée pour tout » en serrant la main de son époux puis telle une équilibriste travaillant sans filet elle se lança en piste. Elle se leva :
- J’ai soif, permettez moi sultan d’aller chercher du thé. Peut être en voulez vous ?
le prisonnier de l'ange 56