
Elle fut réveillée par des brides d’une discussion entre le prince et son ami.
- Que va-t-on faire de lui ? Demandait le soldat
- Le tuer, répondit laconiquement le prince.
- Le juger, répliqua la princesse.
- Tiens tu es éveillée toi, tu as bien dormi ? Tes songes furent doux ?
Elle le regarda, même épuisé par le combat son époux était encore assez vaillant pour se moquer d’elle, Cali lui adressa un sourire radieux
- Apaisant serait le mot, je te remercie de t'en inquiéter. S'agissant il faut laisser son peuple le soin de le juger. Il ne nous appartient pas d'organiser ce procès, car nous ne sommes pas les seuls à avoir souffert de ses exactions. Toutes les victimes doivent pouvoir obtenir justice.
- Hum, l'idée me plait approuva Etanne, Lucas abonda dans son sens. Puis le roi rejoignit sa femme dans le lit où elle était encore allongée.
- Dormons, nous verrons tout cela demain.
Etanne sourit à son tour et s’éclipsa.
La route fut prise dès le lendemain. Les rivières charriaient les décombres de leur spectaculaire mise en scène, mais à par ces vestiges la nature ne semblait pas dérangée. À peine sortit du camps les soldats découvrirent avec stupeur une foret enneigée. Des arbres blancs se découpaient sur le bleu pâle du ciel, la lumière jouait avec les cristaux de glace qui avaient remplacer les feuilles. Il avait neigé, pris dans la bataille et la boue du camps personne ne s'en était aperçu. Après la guerre, le bruit, la peur, cette vision fut un enchantement pour les hommes, signe d'un Eden pas encore acquis. Nul n'osait parler de peur de briser le silence tombé avec les flocons. La blancheur du tapis qui se déroulaient sous leur pas n'était troublé que par quelque traces d'animaux laissant imaginer la fuite d'un lapin ou le repos d'un âne. La route parut bien courte aux hommes qui profitaient de cet éphémère beauté.
De retour au château le temps sembla s‘accélérer. Lucas organisait l’intégration du sultanat au royaume tandis que Cali soignait les blessés. Les deux époux n’avaient plus de moments à eux, mais profitaient de chaque instant de libre pour se retrouver. Toutes les tensions passées semblaient disparaître, ils étaient las de se blesser mutuellement et espéraient à présent se découvrir. Cali cochait les jours, ses moments de vie lui étaient désormais comptés, elle devait avancer et cesser de se lamenter. Ainsi sous les yeux d’Etanne, témoin silencieux, se créait doucement une nouvelle complicité entre les deux compagnons.
Le trio était au mess lorsque le garde se présenta à eux. Lucas grogna comme à son habitude, c’était le garde qui l’avait déjà dérangé lorsqu’il charmait Lola. Etanne le regarda surpris.
- Tu grognes de plus en plus facilement.
- Je te parie que ce garde va nous déranger pour nous donner de mauvaises nouvelles. Il porte malchance.
- Pourquoi dis-tu ça ? Lui demanda le soldat étonné mais son ami ne répondit pas laissant le garde se présenter.
- Je m'excuse d'interrompre une si galante réunion, mais j'ai une lettre de la plus haute importance pour la reine.
Il lui tendit un papier blanc.
- Et voila triompha le prince. Je suis sûr qu'il s'agit d'un message du tueur ! Puis il se tourna vers le fantassin qui avait pâli. Tu portes réellement la poisse toi ! Bien qui t’as donné ce papier ?
Pendant que les deux hommes interrogeaient ce pauvre messager la princesse dépliait la missive. Son époux ne s’était pas trompé c’était effectivement un message de l’assassin. Les galas, l'infidélité puis la guerre, avaient relégué le tueur au second plan, mais selon toute vraisemblance lui ne l’avait pas oubliée. Malgré le danger qui la guettait la jeune femme se sentit éloignée, elle n’avait plus peur. Elle avait affronté tellement d’ennemis. J’ai mûri constata-t-elle. Elle s’attarda sur le message. Il était comme d’habitude composé d’un dessin et d’un avertissement écrit. La colère du dessinateur transparaissait à la fois dans les traits de l’esquisse et dans le texte. Les mots « plus jamais ça » se détachaient en bas de la feuille tandis que le reste de l’espace était occupé par une image du couple royal sous la douche. Elle se demanda toujours détachée comment pouvait il savoir. Jusqu’où était elle espionnée ? Machinalement un sourire se dessina sur ses lèvres, elle préférait de loin ce message au dernier. Lucas s’en aperçut
- Qu’est ce qui t’amuse petit ange ?
- Rien, lui répondit elle en lui tendant la missive. Elle le vit rougir en découvrant son contenu alors qu’Etanne s’en étonnait.
- Il a l’imagination débordante ce meurtrier.
- C’est sûr approuva Lucas en regardant sa femme toujours souriante.
- Qu’avez-vous appris du messager que vous venez de terrorisé ? Demanda-t-elle.
- Rien répondit son mari en faisant son écho. Il le tenait d’un homme qui le tenait d’un homme, bref on peut pas remonter à lui ça aurait été trop simple. Maintenant il serait réellement temps de s’occuper de lui.
Ils finirent donc le quatrième mois de mariage sur cette quête infructueuse.
le prisonnier de l'ange 73