manuscrits de fantasy promettant action, guerre et amour. Si vous aimez les vampires, loups-garous, dragons, fées, anges ou toutes autres créatures fantastiques c'est gratuit. laissez un mot aux auteurs Chloé et Solenne pour les aider à trouver un éditeur.
- Papa va mal, particulièrement ce soir et cela me fait souffrir. Cela m'a toujours rendue malheureuse de savoir qu'il va mal, qu'il va toujours mal, que l'insouciance qu'il affiche, sa jeunesse éternelle, cela n'est que façade. Lorsque je ne suis pas là, je sais qu'il va mal. La pierre ne laisse pas place au doute, maman, elle le rend transparent. Quand je suis avec lui, elle devient telle une plume autour de mon cou, comme si elle n'était rien. Puis elle redevient un poids, dans son cœur et sur le mien.
Hiléria tendit de nouveau la main vers le galet d'une blancheur irrégulière. Son enfant le lui abandonna, la dévorant du regard. La brune aux yeux sombres recolla les morceaux de la conversation, les uns contre les autres, en faisant passer la pierre d'une main à l'autre, doucement, précautionneusement. Elle croyait sa fille : elle savait qu'elle accordait foi à chaque syllabe qu'elle avait prononcée. Elle-même ne croyait pas au surnaturel, mais cela importait peu.
- Tu me demandes de l'aide, conclut-elle pour Clio. C'est dur de voir ton père souffrir, tu voudrais qu'il ne souffre plus, tu voudrais que je t'aide en cela.
La jeune femme hocha vigoureusement la tête en passant derrière une oreille une large mèche sombre collée à son visage, sans cesser de la dévorer des yeux, comme si pour la première fois, elle avait réellement besoin d'elle. Hiléria se sentit au pied du mur, comme lorsqu'elles avaient fêté ses 18 ans, mais ni plus ni moins, tant ses sentiments vis-à-vis de l'albinos étaient incohérents. Lorsqu'il s'agissait de lui, elle était toujours une toute jeune femme faible qui avait couru à sa propre perte, irréfléchie, idiote et immature, simplement parce qu'il était si beau qu'elle l'avait presque supplié de la perdre. Elle avait honte, lorsqu'il s'agissait de lui, il lui semblait qu'il devait la voir comme une femme naïve toujours aussi faible, même les années passant, principalement parce qu'elle n'avait jamais été ferme envers lui. Elle n'avait pas lancé de procédure pour une pension alimentaire, elle avait permis à sa fille de le voir autant qu'elle le souhaitait, elle s'était laissée traîner n'importe où le jour de ses dix-huit ans, avec sa propre voiture ; elle avait même payé la soirée !
- Pourquoi ton père est-il triste ? S'entendit-elle interroger. Pourquoi t'avoir donné la pierre ? S'il ne l'avait pas fait, tu n'en aurais jamais rien su, ça aurait été mieux pour toi, pourquoi un père aimant fait-il cela à son enfant ?
Ses paroles auraient pu paraître accusatrices. Mais Clio savait, depuis qu'elle était en âge de comprendre les mots, que sa mère avait confiance en elle. Elle savait que si elle croyait en son père, sa mère la suivrait en ce sens. Or en son père, elle croyait désespérément. Pourtant elle n'avait pas toutes les réponses.
- Il est malheureux parce que c'est dans sa nature d'être mal ici, de souhaiter retourner sur la Lune. Quant au reste, je me dis qu'il veut peut-être que je comprenne, le jour où ça arrivera. Mais je ne veux pas qu'il parte, maman, je ne veux pas qu'il parte. Sans l'un de vous deux, je deviendrais folle, c'est sûr, tu comprends ?
Hiléria ne put s'empêcher de soupirer en opinant du chef. Lorsqu'elle se demanda par où commencer, la solution lui parut évidente :
- Je t'accompagne à l'hôpital, alors ?
Elle n'avait pas besoin de formuler son accord, du moment que la jeune femme lui avait demandé son aide, elle savait qu'elle la lui accorderait, comme elle lui passait toujours tout. Parce que justement, elle ne demandait des choses déplaisantes qu'en cas de nécessité. Or il s'agissait d'une nécessité, ou elle finirait par perdre pied. Sa mère la prit par la main, durcit son moral, comme elle avait appris à le faire dans sa vie d'adulte – tant qu'il ne s'agissait pas d'Uriel. Rendue au bas des marches avec son enfant, elle prit une grande inspiration. Mallaurie posa sur elle un œil inquiet, tandis qu'elle expliquait pourquoi elle était désolée d'avoir à annuler leur soirée vernissage. Clio fit signe qu'elle attendait dans la voiture, en désignant la porte du garage d'un doigt avant de s'y presser sans un mot.
Le rouquin ne connaissait d'Uriel que les silences de la brune trentenaire, ainsi qu'une brève entrevue qu'il avait trouvée surréaliste, mais lui avait laissé l'impression qu'il ne pouvait pas être si mauvais. Ce soir-là il entrevit le malaise qu'il lui inspirait toujours après tant d'années loin de lui. Il fit signe que ce n'était pas grave, se mit sur son séant, mais sur le chemin de la porte, Hiléria vit bien qu'il cherchait encore ses mots, pressentant qu'elle n'apprécierait pas ses paroles. Finalement, il s'immobilisa pour lui parler d'un ton très grave :
- Veux-tu quelque chose de moi ?