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Finalement, il s'immobilisa pour lui parler d'un ton très grave :
- Veux-tu quelque chose de moi ?
Elle écarquilla les yeux, dans l'ignorance de l'exacte portée de ces paroles nébuleuses.
- J'ai attendu très longtemps que tu me fasses confiance, parce que j'avais déjà attendu des années que tu finisses par me remarquer. J'avais bien pensé que quelque chose avait dû te briser, parce que ça se voit sur tes traits, ma belle.
Il les caressa un instant du bout des doigts, d'une façon qui prouva qu'il les trouvait beaux, en partie pour cela. Ensuite il se racla la gorge avant de continuer :
- J'ai bien compris quelles sont tes craintes à mon sujet, je n'ai jamais cherché à te mettre au pied du mur, j'ai voulu attendre patiemment, par respect pour toi et tes cicatrices. Je peux attendre encore, mais seulement si tu penses que ça en vaut la peine. Tu me reproches d'être jeune. Quel intérêt trouves-tu à attendre que je ne le sois plus ?
Hiléria avait toujours cru que lorsqu'il cesserait de respecter ses choix en silence, cela romprait le charme qu'elle trouvait à leur relation. Elle se demanda pourquoi il ne l'avait pas fait auparavant. Elle lui dit qu'elle l'aimait alors qu'ils n'avaient même jamais partagé un lit. Il ne parut pas aussi étonné qu'elle s'y était attendu, parce qu'en réalité, il le comprit quelques minutes auparavant, à la façon dont elle le regardait.
- Alors laisse-moi entrer dans ta vie, lâcha-t-il, perdant patience de boire ses mots mais jamais ses actes.
Elle hocha la tête, épuisée. Ils se quittèrent sur un baiser salé des larmes qu'elle refoulait. Puis elle traversa la maison pour gagner le garage, après un dernier tour pour s'assurer que tout était verrouillé. Sur le chemin de l'hôpital, elles échangèrent peu, pour commencer. Puis Hiléria décida qu'il était temps de se prendre en main.
- Que fait Uriel, dans la vie, quelle est sa profession ?
Sa fille se tourna complètement vers elle, les yeux exorbités. Puis elle parut comprendre où sa mère voulait en venir : pour se guérir de lui, afin de le guérir lui, elle devait cesser de le voir comme un fantasme qui l'aurait jugée. Elle devait l'incorporer à la vie réelle.
- Il est danseur, expliqua la jeune femme. Il danse dans des bars, précisa-t-elle sans cesser de fixer la brune aux yeux sombres.
Sa gorge se serra : bien sûr que cela lui correspondait, il était la plus sensuelle des créatures qu'elle aurait jamais pu imaginer.
- Cela le satisfait, il aime ce milieu ?
Clio se perdit dans des pensées visiblement agréables, avant de lui expliquer, songeuse :
- Quand il danse il paraît fait pour ce milieu, il est glamour sans être vulgaire, ce que je ne peux dire que de lui, parmi tous ses collègues que j'ai pu regarder.
Hiléria sentit ses poils se hérisser à l'idée que sa petite fille ait pu voir des gogo danseurs à un âge beaucoup trop précoce, mais elle s'aperçut qu'elle était sûre qu'il ne l'avait pas emmenée trop tôt. Ou bien qu'il avait fait ça bien. Comme toujours, elle avait confiance en elle donc elle avait confiance en lui.
- A moi, dit sa fille, ce qui lui donna un frisson très visible, mais elle fit signe qu'elle était d'accord. Es-tu toujours amoureuse de lui ?
La brune aux yeux sombres gonfla les joues comiquement, ce qui fit nerveusement rire sa fille, chose qui en soi était déjà une petite victoire. Elle prit une grande inspiration avant d'expliquer d'une traite :
- S'il avait été un homme, je l'aurais peut-être aimé, puis regretté, avant de passer à autre chose. Mais...
Elle s'aperçut qu'elle s'apprêtait à avouer à haute voix des choses qu'elle n'avait jamais affrontées en son for intérieur. Elle jeta un œil à la jeune femme, enfoncée dans son siège, avec son visage d'adulte fatiguée. Le nez dans une épaisse écharpe qu'elle lui avait offerte, noire parcourue de beaucoup de mailles claires, de sorte qu'elle allait avec tout, Clio portait un long manteau blanc avec un haut col, parfaitement cintré, que lui avait dégoté son père. Elle tenait les escarpins d'un certain Guénaël qu'elle ne connaissait pas, mais pointus, vernis avec une boucle élégante, rouge cerise, ils étaient ravissants. Elle avait copié son maquillage sur celui de sa mère, lui volant ses produits hors de prix par un accord tacite. Le tout était adorable. Hiléria n'était pas seule dans le résultat, mais elle en était réellement comblée. Sa fille retirait le meilleur de sa drôle de vie, elle s'en sortait avec brio. Hiléria releva le menton avant de reprendre sans de presser :