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Jusqu'à preuve du contraire, la jeune femme était donc orpheline.
- Je sors, Mallo, lança Clio en attrapant son sac à mains là où elle l'avait laissé sur le porte manteau près de la porte.
Elle attendit qu'il réponde quelque chose, le cœur battant parce qu'elle n'avait pas tellement le temps, la nuit serait tombée le temps qu'elle rejoigne Lison pour une première soirée dehors. Elle avait accepté uniquement pour lui faire plaisir. Elles ne rentreraient pas tard, tâcha-t-elle de se rassurer, mais c'était peine perdue. Enfin Mallaurie apparut une paire de chaussures en cuir à la main, un sourire timide à ses lèvres bien dessinées.
- Je te pose, annonça-t-il.
D'un geste il l'empêcha de le couper, se prépara pour sortir puis reprit la parole en lui ouvrant la porte :
- Non, ce n'est pas sur ma route. Je sais, je ne serai pas toujours là pour prendre la relève d'Uriel, ce que je n'essaie pas de faire, Clio. Mais tu as peur d'être seule dehors quand le soleil se couche, ce n'est pas ta faute parce qu'on te l'a inculqué. Je suis dispo, je t'emmène.
Elle accepta tacitement, en le suivant jusqu'à l'ascenseur. En croisant son regard turquoise, elle ne put s'empêcher de lui dire, pour la dixième fois, mais toujours aussi sincèrement :
- Merci pour tout, Mallo. Merci aussi pour la conversation d'hier soir. Ça m'a fait beaucoup de bien.
Lui se sentait toujours aussi perdu depuis que trois jours auparavant, Hiléria et son père avaient simplement disparu au milieu de la cuisine sous les yeux de la jeune femme. Il la croyait, il l'avait crue tout de suite. Il ignorait pourquoi, il n'avait pourtant aucun penchant pour les sciences occultes ou il ne savait quoi. Toutes les personnes présentes avaient proposé à la brune aux yeux verts leur hospitalité. Mais c'était chez lui qu'elle avait voulu vivre, juste quelque temps, pour prendre ses dispositions. La veille pour la première fois, ils avaient parlé à long terme. Marchant sur des œufs, il lui avait expliqué comment cela se passait juridiquement lorsque quelqu'un disparaissait. Elle avait accepté d'en passer par là. En attendant ils se laissaient quelque temps, elle le rembourserait plus tard. Il n'avait aucun problème d'argent, il était rentier. Ils avaient aussi longuement parlé d'Uriel, de leurs rapports depuis sa naissance à elle. C'est ainsi qu'il avait su qu'en quelque sorte, si lui craignait la lumière du jour, elle craignait d'être seule dehors à la tombée de la nuit, parce que cela n'arrivait absolument jamais, avant. S'il n'était pas réellement toujours là à veiller sur sa petite fille, son existence lui donnait cette étrange impression, corroborée par un court passage chaque nuit depuis sa naissance.
Mallaurie n'avait jamais spécialement souhaité partager sa vie avec quelqu'un, femme ou enfant. En ouvrant la porte de son véhicule pour la jeune femme avant d'en faire le tour pour s'installer derrière le volant, il se demanda ce qu'il allait devenir. Il avait aimé son existence jusque là. Jeune homme briguant le cœur de la belle Hiléria, de cinq ans son aînée, du haut de sa fortune modeste mais confortable, il était à l'aise dans le rôle du soupirant. A présent elle était partie, mais il ne s'en était pas encore aperçu. Son esprit faisait un blocage sur la nouvelle. Il lui semblait qu'elle allait réapparaître le jour où il s'y attendrait le moins.