
Pourquoi rien ne se passait facilement ? N’auraient-ils pas pu reconnaître l’argument de bon sens que je leur ai exposé ? Non, il fallait qu’ils cherchent querelle, c’est toujours la même chose ça commence à être lassant. Je vis l’homme furieux dans son orgueil soit disant blessé descendre de cheval. Soit, si ça doit se passer ainsi. Je tentai une dernière fois :
- Soyez un homme de valeur et remontez sur votre monture monsieur, je ne cherche pas l'altercation, nous n'avons seulement pas la place pour vous loger en ces lieux. Le hameaux est petit.
- Si c’est réellement le manque de place qui t’inquiète nous ne ferons un plaisir de partager ta couche.
Cette proposition ne visait qu'à faire rire l'assemblée, l'homme jouait un rôle. Il fut acclamer par son public. À cet instant la culpabilité née de mon refus initial s’évanouit. Certes, ce n’est pas bien de refuser l’abris à des soldats mais entre la morale et la protection j’avais mon choix.
- Alors nous nous verrons contraints de prendre ce qui nous intéresse par la force.
C'était clair, nous allions valser comme aurait dit Erwan.
- Je lance un duel au soldat le plus gradé, si je gagne vous partez sans résister si vous gagnez je vous offre le gîte et le couvert, cela vous convient ?
C'était insouciant.
Un nouvel éclat de rire salua ma proposition. Tant mieux, tant s’ils ne me prennent pas au sérieux j’ai des chances qu’il accepte. Je n'avais d'autre choix, c'était moi qui avait provoqué ces hommes, je devais donc les éloigner. Je ne devais pas perdre ce combat, quitte à utiliser la magie. Heureusement les fréquentes altercations à la taverne m'avaient maintenues en forme. Le blond qui avait mis pied à terre me fit un sourire carnassier. Derrière moi Estale inquiète était sortie, elle se tenait immobile sur le pas de la porte. Les renforts n’allaient pas tarder mais ils arriveraient trop tard.
- Je suis d’accord, annonça l’homme en dégainant son arme.
Je réalisai en cet instant que j‘allais devoir battre contre un homme armé équipée seulement d‘un balai. Avec padre nous étions arrivé au maniement du bâton, je me mis donc en position et me servis de mon ustensile comme d’une arme. Le premier coup fut rapide, d’un mouvement leste il coupa la brosse de mon outil transformant ainsi le balai en véritable nagnimata. Il leva un sourcil vainqueur, derrière ses hommes le congratulaient. Sans le savoir il venait de m’aider. Ce n’était pas encore à mon tour d’attaquer, je voulais analyser ses gestes. Je ne savais pas du tout à qui j’avais affaire, ni même à quelle espèce, ni l'entraînement qu'il avait suivit. La prudence s’imposait, je le laissai donc attaquer étudiant sa façon de bouger. Je vis Trist et son père arriver, bientôt imités par Paul. Directement ils s’apprêtèrent à me défendre mais je les arrêtai :
- Laissez. Je règle ça et j’arrive.
Estale les rejoignit, je comptai sur elle pour leur expliquer. Toutefois cette intervention m’avait déconcentrée et ce ne fut qu’au dernier moment que je vis le nouvel assaut. Je reculai vite cependant la lame m’effleura quand même, partant de mon décolleté jusqu’à la taille l’épée fendit le tissu. Un instant tout le monde resta figé attendant la réaction de l’étoffe mais rien ne se passa. Dommage me lança mon adversaire. Bon ça suffit ! Je me précipitai enfin dans la bataille. Surpris mon ennemi se montra habile mais pas assez pour parer tous mes coups. Je dois avouer que la lutte fut belle. Combattant de profession, le soldat avait une bonne répartie, mais ses volées étaient académiques, logiques, je pouvais facilement les deviner. Mon plus gros souci fut l’épée il fallait que je le désarme. D’un coup je me penchai, croyant saisir la victoire mon adversaire leva son sabre pour l’abattre sur moi de bas en haut. Je me servis de ce coup pour fendre mon bâton en deux. Fier de lui l’homme me fit de nouveau face. Parfait, ce sot n’avait rien vu. Nous tournâmes un instant en rond. Je devais le laisser attaquer. Il se jeta sur moi. Avec mon premier bout de bois je lui assenai une estocade dans le ventre tandis que je me servais de l’autre moitié pour lui assener un violent heurt sur la main qui tenait l’arme. Dans un bruit de ferraille le sabre tomba à terre. Je le repoussai loin. Bon maintenant c’était lui qui était désarmé. Fair play je jetai mes bâtons parée pour l’affronter dans une lutte à main nue. Une nouvelle fois la lutte s’engagea, grâce à ma technique inconnue du soldat j’avais le dessus. Même si je n’étais pas la plus forte, l’homme ne comprenait pas mes mouvements et ne pouvait ni les prédire ni anticiper leurs effets. Totalement perdu il subissait le combat. J’allais y mettre un terme lorsqu’un de ses subordonnés lui lança son arme. De rage il fit un grand moulinet que je ne pus éviter qu’en me baissant. À terre j’étais vaincue mais je n’avais pas dit mon dernier mot.
Divin témoin 83