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La louve et le prince, résumé.
La louve et le prince, tous les articles.
Dans un hurlement à la lune je devins enfin moi-même. La truffe en l'air, je cherchai d'où venait l'odeur du sang. Il y en avant beaucoup, plusieurs proies, assurément. Mais le plus intéressant était ces deux êtres d'une nature en principe incompatible, mes instincts me l'indiquaient clairement. C'était près de moi, si l'on considérait mes aptitudes physiques. Ils s'étaient alliés pour survivre, mais ils ne m'échapperaient pas. Je me mis en chasse, avalant la distance, la parcourant sans me soucier de rien, l'avalant goulument.
Finalement je réalisai qu'ils avaient cessé de me fuir. Je me sentis excitée par l'odeur de l'épuisement. Je me tournai d'un bloc et l'étalon blanc se cabra mollement, c'était lui qui était épuisé. Échappant à la poigne de son maître, il fit demi tour et courut à toute volée, dans un dernier effort qui le tuerait à ma place si je ne me hâtais pas à leurs trousses. Je me mis à ses trousses. Le vent fouettait mon pelage blond, aplatie au sol, je courais si vite qu'un observateur humain n'aurait pas eu le temps de comprendre ce que j'étais si je l'avais croisé à ce moment désespéré. Peu à peu je gagnais de la distance. La proie avait décrit un large cercle pour changer de direction. Si j'avais su j'aurais coupé avant, rageai-je en moi-même. Je dépassai à sa suite l'endroit où nous étions tout à l'heure. Plus vite, plus vite, ou la proie gagnerait de la distance, portée par sa terreur à présent qu'elle avait vu ce qui était à ses trousses, elles faisaient toujours ça en réalité. Elle y voyait bien, elle aussi, car la lune, ma Déesse, nous éclairait largement. Plus vite, je me rapprochais. Victoire, j'étais sur ses talons. Elle avait ralenti, elle devait être au bord de la perte de connaissance, à présent. Déjà. Méprisable proie. Je vis presque la masse sombre qui sauta de son dos pour atterrir sur le mien, bien moins large que celui de l'étalon. Je parvins à l'éviter en me déportant sur le côté. Misérable créature à l'apparence humaine. Aïe... Soudain la douleur irradia tout mon corps. Je reniflai avant de sombrer : j'étais contre un tronc d'arbre. J'avais foncé, sur les talons de la proie, j'avais évité l'assaillant, mais je n'avais pas vu le tronc, l'étalon avait sauté et je m'étais encastrée dedans. La tête me faisait un mal de chien, c'était le comble pour un loup comme moi. Un voile rouge dégoulina devant ma vue. Je voulais dormir.
Avais-je dormi ? Couchée sur le flanc, sortie à l'instant de l'inconscience, tout portait à le croire. Pourquoi alors me sentais-je tellement fatiguée ?
- Tarah, est-ce que tu vas bien ?
Une proie. Elle profitait de ma faiblesse passagère pour m'annoncer que j'allais mourir. Du moins était-ce possible, elle pouvait bien parler, je ne comprenais pas un traitre mot de ce qu'elle baragouinait. C'était celle qui avait voulu plonger sur mon dos, juste avant le tronc d'arbre, je reconnaissais son odeur puante, de mort et de vie mêlées. Qu'elle attende un peu, bientôt ma tête cesserait de me tourner et je labourerais son corps contre nature de mes griffes crochues. Pouvais-je au moins me lever ? Je tentai de me dresser sur mes pattes flageolantes. Tout mon corps était endolori mais je n'avais rien de cassé.
- Reste couchée, Tarah, tu as peut être un traumatisme. L'aube sera bientôt là, alors tu seras femme et je pourrai mieux en juger sans tous ces poils blonds. Si seulement je pouvais faire quelque chose... Les Dieux m'ont refusé toute magie, c'est ainsi, et comme tu me l'as fait promettre, je ne peux pas te porter chez un médecin. Mais nous nous sommes rapprochés de chez les fées. Dans quelques heures...
Que la proie cesse son laïus, par pitié, ma tête allait exploser ! Je grognai dans sa direction du plus férocement que je pus pour l'éloigner, mais elle n'eut pas peur, impuissante j'assistai honteuse à son triomphe. Elle continua à me parler une éternité, je ne comprenais toujours rien, mais bon sang, elle verrait quand je pourrais me lever !
D'ailleurs je me sentais un peu mieux. Je me mis sur mes pattes. Ça allait ! Je m'élançai vers la proie qui parlait, épargnant la proie blanche, contre elle je me sentais moins coléreuse. Le proie atteinte fut précipitée au sol, enfin je fis couler son sang répugnant. Mais notre chute réveilla mes douleurs et faible, je tentai de fuir, la proie sanguinolente voudrait sans doute sa revanche. Titubante, je parvenais à mettre quelques misérables mètres entre nos, reculant à peine l'échéance fatale.
- Tarah, par les Dieux, immobilise-toi, tu vas te casser quelque chose.
La proie me menaçait, je devais accélérer !