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La louve et le prince, tous les articles.
La louve et le prince, résumé.
La confusion générale suffit à faire triompher mon plan. Le fracas des sabots de leur maître résonna furieusement. Le temps sembla s'arrêter le temps qu'il se retrouve auprès de nous. Il poussait avec les autres ceux qui tentaient de se débiner. Puis il arriva à notre hauteur.
- Et bien ? Interrogea-t-il alors, furieusement coléreux.
- Je crains que vos mots et votre attitude aient été mal interprétés, nota Prince qui avait compris ma démarche.
J'avais convaincu la centaure d'un regard qu'il fallait nous l'aller quérir, j'ignorais encore comment exactement, mais entre femmes – si je peux me permettre de parler ainsi, car aucune de nous n'en était réellement une – nous nous étions comprises. Éberlué, le chef regarda les siens qui dans ses yeux trouvèrent de quoi revenir à eux. Ils s'éparpillèrent sans demander leur reste. Le chef s'approcha, puis avoua en secouant la tête :
- Tous, moi y compris, ont perdu un fils, un frère, un père ou un ami dans la bataille sans même qu'ils aient pu se battre. On meurt ne serait-ce qu'en s'en approchant de trop près. Nous ne sommes plus nous-mêmes. Les femelles, quand elles ne se sont pas donné la mort, sont devenues folles ou ont succombé en voulant ramener la dépouille de ceux qui était cher. Il en reste peu et les mâles deviennent fous d'abstinence. Pardonnez mon peuple. Partez, ici vous ne trouverez rien de bon.
Toute ma colère se volatilisa. Ma rage secrète, qui prenait forme animale à la levée de la lune, lorsqu'elle était pleine, pouvait prendre d'autres formes que celle-ci. En l'occurrence, j'étais avec ce peuple corps et âme. Si l'on ne m'avait pas amenée à partir, je serais demeurée là à chercher comment lui venir en aide, avec tout l'excès dont était capable mon espèce.
- Mon ami, soupira Prince, ne t'inquiète pas, nous comprenons tous deux. Et nous resterons jusqu'à demain pour recueillir...
- C'est bien là où je voulais en venir. Partez. Vous l'avez bien vu, je ne nous maîtrise plus moi-même qu'à grand peine.
- Mais les femelles sont-elles au moins à l'abri sur vos terres ? M'effrayai-je d'une voix dure.
Il éclata d'un rire aussi grand qu'agréable, qui me détendit instantanément. Dans ce rire, résonnaient la fête, la légèreté, le bonheur.
- Essayez d'obtenir d'une centaure ce qu'elle n'est pas prête à vous donner, vous verrez par vous-même.
La petite blonde de tout à l'heure s'approcha, et ses yeux rieurs me firent penser qu'elle avait tout entendu.
- Père, dit-elle, et le regard plein d'amour que lui adressa le centaure me fendit le cœur, je vais justement sur la tombe de mère, m'accompagnerez-vous ?
- Peux tu m'attendre un instant, Esmé ? Bien sûr que je viendrai. Pour vous répondre (je mis du temps à comprendre qu'il nous parlait, charmée par ce court échange chargé d'émotion), je n'ai aucune objection, ni aucune question. Faites bon voyage tous deux.
Sans s'attarder, il s'éloigna avec sa fille – du reste, aucun d'eux ne songea à se retourner. Je les observai un moment marcher d'un bon pas. J'aurais du mal à décrire le charme qu'il y avait à observer deux corps équins surmontés de torses humains, se déplacer avec grâce et bonne humeur. Prince m'entraîna en dehors du territoire des centaures et jusqu'à la rivière où nous nous lavâmes de notre sang réciproquement dans un doux silence. Très tendres, nous avions eu peur l'un pour l'autre et il était bon d'en prendre conscience dans toute la fierté que nous partagions... pour nous-mêmes, en premier lieu. L'aimais-je déjà ? C'était à peu près cela, tant je le respectais tout en étant monstrueusement attirée par lui. En sortant de l'eau, il se changea en panthère noire. Il tourna autour de moi, qui encore nue, frissonnai en goûtant la sensation de me sentir dévorée du regard par le fauve majestueux, ainsi que dangereusement cernée. Je flirtai avec la louve en moi, la domptant, cherchant sa confiance face à ce spectacle. Je sortis de tout cela complètement grisée.
Puis il finit par reprendre forme humaine. Cette fois il me domina de sa taille ainsi que de son regard doré, qui au repos paraissait d'une cruauté difficile à appréhender. Je me concentrai pour que seuls mes yeux deviennent différents. Lorsque ce fut fait, je me mis à voir en noir et blanc. A cet instant, je sus mes pupilles démesurées, à l'inverse des siennes, en croissants de lune lorsqu'il était panthère. Il me donna un baiser au cours duquel je pris le contrôle. Il me souleva alors pour me pousser sans ménagement contre un tronc d'arbre. Mais même acculée, je gardai le contrôle, si bien que lorsque nous nous séparâmes, c'était son propre sang qu'il avait sur les lèvres. Je me léchai les babines. Plus tard, je m'étonnai qu'il ne m'ait pas mordue. Il m'expliqua que s'il se l'était permis alors que je l'avais blessé, il m'aurait défigurée.