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- Vampires, tonna le chef de meute, maintenant vous savez tous ce qui se passe dans cette ville. Je veux en premier lieu votre accord de principe pour repartir dans les plus brefs délais.
Un brouhaha assourdissant retentit dans le stade. Shalimar espéra pour que cet endroit fût suffisamment loin de tout pour ne pas les faire repérer. Mais elle était consciente qu'à l'oreille humaine, le bruit était bien moindre qu'elle ne le percevait.
- Que ceux qui ont quelque chose à dire s'avancent et s'organisent pour qu'on entende quelque-chose, ordonna Sofiane de sa voix de vampire, un sifflement peut-être incompréhensible des simples mortels.
Les gens s'approchèrent, bien trop nombreux au goût de Shalimar. Elle tâcha de cacher son appréhension. Murée derrière un masque d'assurance, elle se figea et se focalisa sur la première voix qui s'élevait.
- Nous voulons nous battre, tonna un grand roux, pourquoi une autre meute devrait-elle s'approprier la capitale et nous forcer à nous enterrer en province, quel chef es-tu pour t'effacer ainsi, Sofiane ?
De nombreuses voix vinrent de bien plus loin que ceux qui s'étaient avancés pour parler, appuyant ce propos. Aussi ceux qui acceptaient de partir étaient-ils minoritaires. Shalimar s'éloigna encore davantage de son propre corps, ne laissant sur terre qu'un avatar vide d'elle-même. Elle vivait un cauchemar, qu'elle se sentait incapable de contenir.
- Un chef qui ne veut pas voir les siens décimés à perte, gronda-t-il.
Sa voix, très grave, parut résonner jusque bien au-delà du réel, destinée à atteindre chacun dans chaque particule de son être, physique et psychique.
- Je vois plutôt un chef qui n'a pas confiance en la force de son peuple, répliqua quelqu'un d'autre.
Shalimar sentit Sofiane, près d'elle, perdre un premier degré de maîtrise de lui-même. Cela lui rappela qu'elle n'était là que pour lui. Elle avait commis une grossière erreur en se protégeant de la sorte.
- C'est simple, affirma-t-elle d'une voix claire. Nous vous avons dit qu'ils sont puissants et bien plus armés que nous ne pourrons l'être suffisamment vite. Ensuite ceux qui ne nous croient pas peuvent rester mourir ici. Sofiane est notre chef, pas notre dieu, il ne peut pas vous emmener de force. Simplement, reprit-elle avec autant de force que si elle n'avait pas conscience d'aller exactement là où n'était pas sa place, au risque de perdre la vie ou pire, nous avons cru que s'il était là c'était pour nous protéger. Nous avons dû nous tromper.
Un affreux vacarme retentit. Sofiane s'apprêta à reprendre la parole mais elle se pressai de lui glisser :
- Attends un peu, ils se disputent, d'autres seront convertis sans que nous ayons rien à ajouter. Nous reprendrons le combat après.
Elle chercha un appui dans son regard, mais il était froid, professionnel. Elle avait peur et le lui fit sentir. Mais il resta de marbre. Quelque-chose de sinistre s'abattit sur Shalimar, qu'elle ne fit rien pour repousser. Elle n'en avait pas la force.
- Quels sont ceux qui resteront mourir ici? Voulut savoir très haut le chef des vampires, la voix tranchante.
Des dizaines de personnes levèrent la main, peut être même plus que cela. Les gens cherchaient leurs amis du regard, ainsi d'autres mains se levaient faisant exploser le nombre de contestataires.
- Vous vous fichez d'avoir tellement lutté pour rester en vie pendant des décennies, ou des siècles pour certains, et de mourir idiotement ici ce soir ou demain au plus tard ? Pourquoi êtes-vous venus à Paris alors ? Parce que là je vais vous dire comment ça va se passer : comme vous êtes très nombreux à vouloir rester, je resterai pour vous protéger jusqu'à la fin, vos amis avec nous, et les amis de vos amis, bref la meute entière restera sur Paris pour y trouver la mort aussi sec. Où est votre cohésion de groupe légendaire, vampires ? Morte sur l'autel de la flemme d'entreprendre un nouveau voyage ? J'ignorais que la fainéantise était une caractéristique des immortels.
Sofiane et Shalimar laissèrent les gens se disputer autour d'eux. Puis elle reprit la parole :
- L'humain n'est pas là ce soir.
Un silence curieux s'établit sur le stade. Elle sentit le chef de meute sévère à son égard.