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Centaure d'un dieu, tous les articles.
- Que donnes-tu en échange de ton repas ?
Cette fois, le prince émit un doux rire devant la difficulté que nous éprouvions à nous expliquer deux systèmes diamétralement opposés. Cela allégea mon cœur, comme le faisait toujours son hilarité.
- Rien, enfin ! Rit-il plus fort. Il est bien normal que l'on me nourrisse si j'ai faim, ton peuple ne fonctionnait-il pas ainsi ?
Je fronçai les sourcils. On eût dit des paroles d'enfant gâté ; comment leur économie – ou ce qui en tenait lieu – pouvait-elle diable fonctionner ?
- Non, répondis-je plus sèchement que je l'aurais voulu. Nous offrions une représentation de la valeur de la chose dessaisie en échange de celle-ci. Avec ce bout de papier ou autre, on pouvait obtenir autre-chose pour la même valeur.
Je me sentis assez fière de cette suite de définitions. Pourtant je n'étais pas au bout de mes peines, déplorai-je bien rapidement, lorsqu'il formula cette nouvelle interrogation :
- Étonnant. Comment possédait-on ce bout de papier ?
Je désignai une autre vielle masure qu'il ne fallait surtout pas raser.
- Grâce au travail, formulai-je ensuite. Lara gagnerait de l'argent (cet élément d'échange) en travaillant au restaurant. Elle s'en servirait pour acheter sa marchandise, ensuite.
- Mais comment aurait-elle commencé à travailler?
À mesure que nous avancions dans la conversation, Gareth ralentissait la marche, comme si je lui sciais les jambes de frustration.
- Avec un capital de départ, qu'elle aurait tenu par exemple de ses parents, répondis-je encore, de plus en plus déprimée du peu de crédit qu'il accordait visiblement à notre ancien système.
- Étrange. Et si elle n'avait pas eu de parents ?
- Elle aurait commencé comme employée chez quelqu'un de plus chanceux qui a eu les moyens en son temps d'ouvrir son restaurant.
Je scrutai les alentours, tâchant de ne pas oublier la raison pour laquelle nous arpentions vaillamment les rues autour de la cathédrale.
- Mais pourquoi créer un système aussi compliqué, enfin ? Questionna-t-il alors.
Je montrai un bâtiment ancien aux troupes. Puis je ne résistai plus : je frottai des deux mains mon visage fatigué. Gareth me caressa lentement le flanc droit, comme si j'étais un vulgaire cheval fatigué. Malheureusement, je ne parvins pas à m'en vexer.
- Pour que les plus méritants aient le plus de pouvoir d'achat.
Il se trouve que sa compassion me redonnait du courage. Après tout, j'étais là, parmi les xivians, exactement pour cela : expliquer la civilisation humaine. Autant prouver qu'on avait bien fait de me sauver la vie en me projetant dans le temps et l'espace au lieu de me laisser mourir parmi mes contemporains.
- Dans notre société tout le monde mérite d'être nourri, logé, vêtu, m'expliqua-t-il gentiment, pour ne pas me gêner. Les agriculteurs donnent ce qu'il faut à chacun, ils sont vêtus par les couturières, lesquelles sont logées par les architectes, enfin tu vois.
Il était impossible de nier que c'était bien plus simple et sans doute plus juste et moins cruel.
- Comment répartit-on les richesses que l'on a à offrir ? Lui demandai-je tout de même, parce-que c'était la seule faille qui me venait à l'esprit concernant leur système.