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Il me sembla que l'instant d'après, peut-être une heure plus tard en exagérant, nous arrivâmes à la plage, surplombant fièrement l'océan. Cependant un détail attira mon attention : il faisait déjà sombre. Je levai le nez, interdite. Le crépuscule tombait. Je n'avais rien vu passer. Impressionnés les jeunes gens buvaient des yeux ce paysage qui leur était inconnu. Mon cœur se serra en remarquant le siège des maîtres-nageurs-sauveteurs abandonné au sol. D'un pas décidé je les précédai vers les eaux, sans tellement écouter leurs exclamations. Arrivée près de l'océan l'émotion me donna naturellement le hoquet.
- Aide-moi à descendre, sollicita Liam qui était jusque-là resté aussi silencieux que moi.
Je m'exécutai dans une suite de gestes raides. Lorsque ses deux pieds entrèrent en collision avec le sable détrempé, le bruit produit résonna à mon esprit, comme dans une grotte peine d'échos. Je ne me sentais pas très bien, compris-je à cet instant. Je réalisai combien mon rythme cardiaque s'était affolé. Ma vue n'était pas très nette. Des éclairs paraissaient la gêner par moments. J'émis un rire hystérique, que je ne me reconnus pas et qui me fit peur comme s'il m'était étranger. Comme une menace planant au-dessus de mon destin, juste à la limite de mon champ de vision si restreint.
- Elle a trop forcé, fit remarquer Gareth.
Je me tournai vers lui. Cela me déstabilisa. Ils me soutinrent, accompagnant ma chute sans que je pus émettre un son, enfermée malgré moi dans le silence, inerte à cause de ma chute de tension.
- Elle est trop maigre pour pouvoir fournir autant d'exercice, réprimanda encore le prince, comme si je n'étais plus là.
J'entendis aussi le son cristallin de la voix de Bianca, de toute évidence paniquée. Mais je ne saisis pas le sens de ses paroles, déjà trop loin derrière un voile épais. Un moment plus tard, mes facultés revinrent à la normale. Dès que j'en fus capable, je m'ébrouai, puis me remis sur mes pieds. Je notai simplement, sans m'en émouvoir, car j'avais dépassé ce stade, combien mes instincts devenaient équins. Un cheval n'aime pas demeurer couché. Je fusillai Gareth du regard, mais m'épargnai la peine de formuler quoi que ce fût. Je savais combien c'était inutile. Je détestais qu'on me considère comme une petite poupée écervelée. Je supposais que le message se passait de paroles. Nous restâmes un moment silencieux. Liam se mit à me caresser le flanc. Je tournai brusquement le buste vers lui. Il ne s'arrêta pas vraiment. Il ne croisa mon regard sombre que quelques fractions de seconde. Il me caressait comme si j'étais une jument. Un tic nerveux agita ma robe là où glissaient ses mains. Je posai une main sur la sienne. Finalement je me penchai pour le prendre dans mes bras. Il me serra en retour. Il culpabilisait probablement de ne pas avoir pensé que je ne supporterais pas son poids aussi longtemps. Mes yeux me brûlèrent. Encore fatiguée, j'aurais presque pu pleurer. Mais je retins mes larmes, me maudissant pour cela. Cela devait faire du bien, parfois, de simplement s'abandonner. Je finis par me redresser. Il resta simplement contre ma robe.
- Alors, l'océan ? Les questionnai-je d'une petite voix que je n'appréciai pas.
Bianca paraissait choquée. Du menton je fis signe au prince de faire quelque-chose, trop émotionnée moi-même pour prendre la peine d'en prendre soin.
- Immense, commença-t-il. Effrayant. C'est dedans que se cachent les monstres marins dont tu nous parlais.
La fille lui jeta un regard interdit. Il partit d'un grand rire chaleureux puis m'amena à expliquer qu'il ne s'agissait que de grands animaux qui n'attaquaient pas volontiers les créatures terrestres que nous étions tous.