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Centaure d'un dieu, tous les articles.
Il tendit les bras vers Liane qui s'était approchée, attentive. Je compris tout à coup la portée de ses paroles. Les griffons disparaissaient à la mort de leur maître. Si on aimait son griffon, or on le chérissait forcément, au vu des circonstances de leur apparition, on voulait les protéger d'un tel destin.
- Je me plais à croire qu'ils sont envoyés par ceux qu'on aimait comme un présent qui nous raccroche à la vie : si tu abandonnes, tu l'abandonnes, Gareth.
Je songeai à ce qu'il m'avait dit : s'il mourait, l'animal aussi. Un excellent remède contre les pulsions suicidaires. Le silence s'instaura de nouveau. Liam avait donné une main à son frère qui pleurait au-dessus. Le bras passé dans le dos du prince, je ressentais les sursauts de ses pleurs silencieux. La douleur m'oppressait. Pour une fois, je ne tentai pas de la fuir. Au bout d'une éternité le dieu s'étrangla :
- Vous pouvez me laisser, ça ira.
Pour toute réponse, Liam m'interrogea du regard. Je secouai la tête, compatissante à son manque d'empathie. Le cadet referma sa deuxième main sur celle trempée de son grand frère.
J'ignore combien d'heures nous restâmes ainsi, assis par terre, gareth serrant son griffon et la main de Liam, enlacé par moi-même. Mais lorsque la fatigue me prit je m'appuyai contre le prince et je m'endormis instantanément, épuisée par toutes ces émotions.
Le lendemain un pâle reflet de vie reprit entre nous. Liam ne parlait presque plus. Son frère donnait le change mais ne réussissait qu'à voiler grossièrement le vide qu'il ressentait. Seuls les griffons rompaient le silence, tentant d'attirer l'attention que pourtant ils occupaient déjà principalement. Gareth n'avait jamais reposé le sien au sol depuis qu'il l'avait soulevé le premier jour, le tenant sans arrêt au creux de son coude. Liane était abondamment câlinée par son maître, réplique immense du petit récemment arrivé. Joyce me manquait atrocement, c'était d'une stupidité affolante mais j'aurais voulu qu'il fut là pour m'aider à supporter cette ambiance morbide. Le prince allait le voir tous les jours pendant des heures à la morgue improvisée, derrière l'infirmerie. L'ambiance fut donc atroce et c'est un euphémisme.
Mais un beau jour vint le veille de l'arrivée. Comme toujours – ou presque – depuis le drame, nous étions tous les trois dans la chambre de Gareth. Je lisais, tandis que les dieux traînaient en silence, leur seule activité étant de câliner plus ou moins distraitement leur griffon. Safir entra et secoua ses enfants :
- Bien, je suis passé le premier jour, vous étiez déjà dans cette position.
Il commença à faire les cent pas, dégageant puissance et sagesse.
- Vous vous rappelez la mort de Liane ?
- Évidemment, lâcha Gareth avec impatience.
On eut dit qu'il avait hâte que son père le laisse plonger de nouveau dans son état amorphe.
- Qu'est-ce que je vous avais dit ? Les interrogea-t-il.
Le silence lui répondit alors il s'accroupit devant le prince.