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Uriel était albinos, ses prunelles rubis luisaient telles des joyaux, même dans la salle plongée dans l'obscurité.
Après la séance, Clém, plus âgé qu'elle et que son amie, lui avait laissé peu d'air pour faire connaissance avec le bel inconnu qui l'avait littéralement hypnotisée. Mais depuis lors, il savait qui elle était, elle avait pu attirer son attention. Puis elle avait tout fait pour l'obtenir. D'abord son amie Délia, la sœur de Clément, l'avait aidée dans ses recherches, qui n'avaient mené nulle part. Il n'était pas du milieu, ce qui avait donné le coup de grâce au partenariat des deux adolescentes en la matière.
La jeune mère soupira puis se décida enfin : elle attrapa son téléphone et rechercha le numéro de son ancienne amie. Ancienne, car sa persévérance avait éloigné d'elle la jeune femme sans qu'elle ait pris le temps de s'en préoccuper à cette époque – neuf mois auparavant environ. Hiléria avait retrouvé seule l'objet de sa convoitise, lorsqu'elle avait mis en œuvre la dernière tentative, plutôt désespérée puisqu'elle ne connaissait aucune autre solution à son mystère déraisonné. Elle était retournée au cinéma plusieurs mois plus tard, à la même heure, seule cette fois-ci, le soir de la sortie d'un autre film abordant un thème approchant. Personne n'était au courant, elle avait bien compris que personne ne l'approuvait dans sa démarche. Ses parents la croyaient endormie, peu habitués au moindre mensonge de sa part, car elle n'y avait presque jamais recouru, surtout de façon aussi grave.
C'était la première fois qu'elle sortait seule le soir, la première fois qu'elle prenait le taxi seule, qu'elle attendait seule devant un bâtiment à la nuit tombée. Elle avait tant réfléchi, elle n'avait pas encore décidé quelle attitude adopter avec lui si elle le retrouvait. Elle n'eut pas le loisir d'élaborer une stratégie. Cette fois Uriel comprit de quoi il retournait, dès l'instant où elle se dirigea vers lui, bien en face, sans quitter ses yeux vermeille de ses prunelles sombres. Lorsqu'elle s'était retrouvée près de lui, elle avait réalisé qu'il était différent, peut-être même dangereux pour elle, mais elle n'avait pas voulu y prêter la plus petite attention. Il lui semblait lire dans les yeux de l'albinos qu'il ne lui voulait aucun mal. Il n'avait pas beaucoup parlé : il avait dit son prénom, s'était raclé la gorge. Il l'avait scrutée jusqu'au fond de son âme. Il y avait lu quelque chose qui lui avait plu, sans doute son désespoir à elle, engrangé depuis des mois qu'elle était à sa recherche.
Hiléria appuya sur envoi. La sonnerie s'égrena lentement. Il était très tard pour Délia, qui devait dormir avec son chat Praline. Le siamois à poils longs l'aimait bien, elle espérait que Clément et sa petite sœur partageaient toujours ce sentiment pour elle, elle avait besoin d'eux. Seule elle finirait peut-être par regretter ce qu'elle avait fait.
Ce soir-là, s'il avait été un garçon du milieu, Uriel aurait payé la place de cinéma à Hiléria, puis il l'aurait sagement raccompagnée à la maison. Ensuite, il aurait conquis sa confiance, puisqu'il avait déjà sa passion. Enfin, quelques mois plus tard, il l'aurait embrassée sur les lèvres, ç'aurait été pour elle la première fois et pour lui, la cinquième tout au plus.
Mais l'albinos n'était pas du milieu. La première fois qu'il avait vu la jeune femme, il avait su combien il lui plaisait. Pour autant, il était rentré seul dans son appartement qui sentait le cannabis, se félicitant d'avoir laissé sur sa faim la petite bourgeoise chaperonnée par le grand gars au crâne rasé qui la couvait d'un regard paternel.
Lorsqu'il l'avait revue, il n'avait pas songé à mal, mais dans son monde si on voulait une fille, on la prenait simplement. A ses yeux à lui, à 16 ans il ne pouvait pas être son premier. Uriel était danseur dans les bars, il faisait suer les filles de désir, elles le cherchaient ensuite pour l'avoir pour la nuit, cela à tout âge et toujours vainement. Il le lui avait expliqué après leur première fois, le même soir, lorsqu'ensuite elle avait avoué timidement qu'il était bien son premier. Il n'avait pas demandé si ça allait. À elle il lui avait semblé que c'était le cas, elle se sentait bien contre lui, d'ailleurs ils avaient remis ça plusieurs fois, qu'elle n'avait pas comptées. Le lendemain elle était rentrée par ses propres moyens, puisqu'il ne lui avait pas proposé de la ramener ou de payer un taxi. Elle l'avait fait, ne connaissant pas les lignes de métro, de tramway ou encore de bus.
Ensuite avaient commencé ses problèmes : les mensonges, son absence à lui. Elle n'avait pas son numéro et il ne répondait pas lorsqu'elle sonnait à l'interphone de son appartement miteux. Ses parents à elle ignoraient qu'il n'avait pas changé d'adresse, comme elle le leur avait affirmé. Elle n'avait pas voulu qu'ils tentent de le retrouver pour lui faire payer leur nuit qui l'avait envoûtée. De son côté elle n'avait pas voulu le harceler : à quoi cela aurait-il pu servir ? Elle avait rapidement cessé de tenter de le contacter.
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