manuscrits de fantasy promettant action, guerre et amour. Si vous aimez les vampires, loups-garous, dragons, fées, anges ou toutes autres créatures fantastiques c'est gratuit. laissez un mot aux auteurs Chloé et Solenne pour les aider à trouver un éditeur.
- Vous êtes sur le répondeur de Délia, laissez votre message.
Hiléria soupira mais se décida à demander qu'on la rappelle d'une voix brisée qui la fit frissonner elle-même.
Clio, à quelques mois, ne parlait pas encore.
- Areu ! Lança-t-elle toutefois à Uriel lorsqu'il masqua la lune dans son champ de vision de l'autre côté de la fenêtre.
Comme sa fille ressemblait à sa mère, songea-t-il en tirant sur sa cigarette, dont il souffla un volute de fumée avant de sourire au nourrisson de l'autre côté de la vitre parfaitement lustrée. Il secoua la tête en louchant vers son nez, ce qui fit rire Clio aux éclats. Il la regarda gesticuler entre ses couvertures de soie. Un instant, l'albinos se demanda si son bébé supporterait la vie là dehors, après une enfance dorée entre une mère attentionnée, une famille froide mais financièrement généreuse et un père qui tel le prince charmant, passait secrètement la voir presque toutes les nuits, l'espace d'une minute, juste pour voir son visage.
La porte de la chambre s'ouvrit à la volée, ce qui surprit Uriel, mais ne le décontenança pas. Pour la première fois, Hiléria venait de le surprendre devant la fenêtre à observer à sa petite fille. Il eut un sourire sans joie, puis se détourna d'elles sans un pincement au cœur. Sa place n'était pas près de la mère de Clio. Il avait passé une bonne nuit avec elle, mais il ne désirait pas en passer d'autres. Elle lui était indifférente, comme l'étaient toutes les autres femmes.
Il se glissa chez lui, derrière son piano dont il tira une mélodie légère. Son colocataire apparut dans la pièce commune, puis s'affala sur une chaise près de lui.
- Excuse-moi, tu dormais, s'aperçut Uriel en cessant de jouer.
L'autre émit un léger éclat de rire : il sortait du lit, ce qui n'était pas pareil. Il lui tendit une page raturée, sale et fleurant le cannabis. L'albinos lui fit signe de chanter, car les paroles lui étaient illisibles, en tout état de cause.
La chanson étant mélancolique, comme eux-mêmes. On y parlait des marées qui allaient et venaient sous l'impulsion du cycle planétaire, insensibles au monde qui se mouvait autour et en elles, instinctives et parfaites dans leur régularité éternelle. Uriel et Guénaël jouèrent à quatre mains au piano, dans un duo parfait comme toujours. Qui les voyait ensemble les prenait pour des jumeaux, les deux albinos, malgré les efforts du compositeur qui teignait ses cheveux pour que leur nature similaire passe plus inaperçue. Mais leurs prunelles vermeilles étaient toujours trop semblables pour que leur ressemblance ne fasse pas jaser.
Clio éclata en sanglots. Hiléria se décontenança : elle-même se sentait si nerveuse depuis le matin, qu'elle ne s'était pas attendue à ce que sa fille flanche la première.
- Tous les enfants doivent aller à l'école un jour, assura-t-elle dans un sourire rassurant. Tu vas voir, la maîtresse a l'air très gentille. Tu vas rencontrer tes petits camarades, vous allez bien vous amuser.
Mais sa fille ne voulut rien entendre : accrochée à ses jambes, elle s'épuisa encore quelques minutes à supplier, sangloter et demander pourquoi. Sa mère eut un passage à vide, bouillonnant intérieurement. Elle n'avait jamais rien demandé à l'albinos, qu'elle surprenait de loin avec la petite que n'importe qui d'autre aurait été incapable d'approcher. Non qu'elle n'était pas sociable. Mais la jeune mère prenait soin d'elle, personne n'aurait du parvenir à la voir en secret. Car Hiléria savait par sa fille qu'il venait plus souvent qu'elle ne le surprenait, presque toutes les nuits en réalité. Elle avait souvent eu envie de lui laisser un mot ou de l'attendre pour lui rappeler qu'une fillette à cet âge devait dormir aux heures où il la réveillait. Pas pour renouer contact, non, parce que c'était trop dangereux pour son équilibre à elle, qu'elle avait trop durement recouvré pour le mettre en danger aussi tôt. Mais elle le laissait tranquille, parce que Clio aimait voir son père, évidemment. Elle ne pouvait pas prendre le risque qu'il cesse de venir voir la fillette pour l'éviter elle-même.
A cet instant, elle se sentit pourtant enragée. Lui qui soi-disant tenait tant à rester présent pour leur enfant, où était-il à cet instant où elle se trouvait désœuvrée et définitivement seule? C'était trop facile, exulta-t-elle.