manuscrits de fantasy promettant action, guerre et amour. Si vous aimez les vampires, loups-garous, dragons, fées, anges ou toutes autres créatures fantastiques c'est gratuit. laissez un mot aux auteurs Chloé et Solenne pour les aider à trouver un éditeur.
- Du respect ? chuchotai-je. Qui es tu pour me parler de respect ?
Je levai les yeux sur lui pour découvrir que tout le séminaire l’avait suivi. Mes mots suivants furent pour notre guide. Je lui montrait la pierre que je tenais :
- Cette pierre vient d’un très ancien temple dédié à une déesse pour la protection de Miléa, une petite ville de campagne. Elle est reconnaissable car à cette époque les tailleurs gravaient leurs emblèmes sur les rocs. Voyez là, c’est un peu abîmé mais c’est reconnaissable. C’est le signe de Castre. Le moine se saisit de la pierre :
- Effectivement.
Il la fit vagabonder parmi les visiteur en m’expliquant :
- C’est fortement possible. Il y a pas loin un excentrique qui voue un culte aux anciens Dieux. Il y a quelques années il est parti sur le vieux continent pour y chercher un temple. D’après ce que j’ai compris après d’âpres discussions la Grèce lui en a effectivement cédé un. Cependant l’homme était âgé, il mourut dans l’année. Pour éviter que le temple dépérisse nous l’avons ramené ici, aujourd’hui il nous sert d’abri à outil. C’est la cabane que vous voyez là.
Je blêmis, un abri de jardin. Mon temple servait d’abri à outil pour des moines !
- Eya, m’appela mon époux. Ça va ? Tu es blême.
- Du respect, c’est bien toi qui avait prononcé ce mot ?
Je me tournai vers le modeste édifice qui brillait seulement à mes yeux. Et soudain son histoire me revint. J’eus accès à ma mémoire de déesse, et me mis à entamer mon récit. Je leur narrai comment ce temple avait pris vie après une catastrophe qui avait touché un petit village d’une île, Miléa. Ce village était situé sur des falaises surplombant la mer. Nuit et jour la belle bleue éclaboussait les rochers, faisant ainsi la joie des enfants. Mais un jour les intempéries s'abattirent sur leurs maisons ravageant leur récoltes . Une fois le soleil revenu, les survivants décidèrent de protéger leur communauté par l’édifice d’un temple en l'honneur de Déméter. Le projet fut long car il fallut trouver les fonds, chacun mit tout ce qu’il avait. Puis trois d’entre eux partirent à la recherche d’un architecte pour construire un lieu de culte digne de ceux des grandes cités. Cependant comme ils avaient peu d’argent leur quête s’avéra fastidieuse. Trois ans ils restèrent loin des leurs dans l’espoir de trouver l’homme providentiel. Ils finirent par rencontré Castre qui, touché par leur histoire, décida de les aider. Ils n’avaient pas les moyens d’engager des ouvriers qualifiés alors chacun au village se mit à l’ouvrage. Du plus vieux au plus jeunes, femmes et hommes s’unirent autour du projet. Peu à peu les murs se montèrent. Plus que de la pierre, ce temple naquit de l’acharnement de quelques hommes et de la joie d’une ville. Il fut tissé par la magie de la complicité et la solidarité de tous. Pas un seul ne rechigna à la tache et tous les jours congés se déroulèrent autour des fondations. Au bout de six ans de travail un petit temple se dressait fièrement sur la colline. Certes il ne possédait pas la magnificence des temples des cités ou des futures cathédrales, ce n’était qu’un modeste temple. Mais son édification fut fêtée pendant plus d’une semaine, on murmurait que la déesse elle-même y prit part. Je leur contai les cérémonies, le mariage de la belle Cassandre avec le robuste Alexandre. Leur joie inondait les heures, il faisait beau ce jour là, le rituel s’était déroulé dehors en présence de tout le village. Ma voix de déesse s’élevait parmi les avocats perdus entre leur époque et la mienne. Pour eux je faisais naître les couleurs, les senteurs et eux aussi étaient présent ce jour là. Ils virent la jeune mariée embrasser son époux dans un éclat de rire. Et l’espoir de tout un peuple convaincu que des pierres assemblées pouvaient chasser le malheur. Je leur décrivis la naissance du petit Nicolas et ils pleurèrent la mort d'Octave, le doyen de notre communauté. Le temps ne s’écoulait plus, il se remontait. Ma magie créait pour mes auditeurs les images d’un passé plus heureux. Avec eux je redécouvrais mon histoire, car j’y étais. Le ciel se couvrait subtilement, signe de mauvais présage, mais captivé par mon récit nul n’y prêta attention. Puis vint ce jour fatal où le monde avait évolué, mais pas Miléa, perdu dans son île, le temple l’avait finalement protégé. Las il est impossible d’échapper éternellement aux autres. Les moines catholiques envahirent l’archipel. Au début la cohabitation fut paisible, puis lentement ils imposèrent leur culte. Évangélisant le reste de l’île, Miléa faisait de la résistance continuant à me vouer leur dévotion. Excédés, un jour les hommes de Dieu enfermèrent les habitants du village dans le temple qu’ils avaient si obstinément construit et y mirent le feu. Les cris, la souffrance, le désespoir renaissait dans ma voix. Je voyais les flammes danser, car ce jour là aussi j’étais là. Ayant prévu le drame j’essayai de l’éviter. Ce fut un échec, mon échec. Des larmes inondèrent mon visage, aujourd’hui comme hier la culpabilité s’empara de moi toute entière. Bientôt Helistate joignit ses larmes aux miennes, une fine pluie s’abattit sur nous. Elle mit fin à la magie née de mon récit. Avec des petits cris les spectateurs allèrent se réfugier dans la Cathédrale alors que j’offrais encore une fois mon visage ruisselant à la clémence d’un Dieu triste. L’eau me permettait de me sortir de ma transe alors que la fin de l’histoire m’apparaissait, j’étais morte ce jour là.