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Centaure d'un dieu, tous les articles.
Lui aussi avait envie de moi, et paradoxalement cette pensée m'apaisa, peut-être parce qu'elle me déculpabilisait. Je secouai la tête. Lui poussa un court soupir.
- Cherche dans ta mémoire : si ton frère voulait cacher quelque chose, où le ferait il ? Murmurai-je tout doucement, comme pour nous ménager dans cette tentative de sauver notre amour propre, en nous refusant cependant l'un à l'autre.
Il s'adossa à son fauteuil en réfléchissant. Au bout d'un moment il s'agita, s'assit devant l'ordinateur de son frère et commença à pianoter dans la rubrique « rechercher ». Je donnai des pistes idiotes comme journal, vie, moi, mais bientôt je réalisai que c'était inutile, seul Liam pourrait trouver ce que nous cherchions. Il tenta pleurs, puis soupirs, m'expliquant que pour son frère la vie n'était qu'une succession des deux, car on soupirait et on pleurait à chaque émotion. Mais cela ne fonctionna pas. Il finit par essayer le prénom du prince, ceux de leurs parents, puis le sien. Comme chaque fois il ouvrit tous les fichiers.
- Attends, l'alertai-je alors qu'il refermait un fichier qui portait son propre prénom.
Il le rouvrit. Après une date, il y avait une virgule puis les mots :
- Premier cri de Liam, commençai-je à lire. Il en poussera sans doute beaucoup d'autres, mais c'est un cri magnifique. Maman crie aussi, elle est heureuse. Voilà dix minutes que j'essaye de voir le nourrisson, mais c'est impossible, elle le serre trop près d'elle. Il est maintenant contre papa et je peux le voir : mon petit frère a un duvet blond, une mine effrayée et des yeux d'un noir de pierre précieuse. Il est magnifique. Enfin, moi aussi j'ai le droit de le tenir dans mes bras. Il tend son petit bras et essuie une larme sur ma joue : déjà mon petit frère est mon meilleur complice.
Suivait une date, et la suite du texte.
- C'est cela ! M'enthousiasmai-je.
Comme il ne parlait pas j'étudiai Liam et mon cœur se serra. Les larmes dévalaient de nouveau ses joues irritées.
- Tu veux que je cherche seule ? Tentai-je. Ou alors souhaites-tu que nous reprenions nos recherches demain ? Ou un peu plus tard, après dîner ?
- On ira dîner, renifla-t-il, parce-que maintenant on te voit vraiment beaucoup les côtes, que ce soit sur ton torse de femme ou celles du cheval. On voit aussi les os sur ta croupe. Mais là tout de suite, je veux bien que tu me fasses la lecture. J'aime bien ta façon de lire.
Un brouillard se glissa dans mes pensées. Est-ce que cela signifiait que j'étais malade ? Mon cœur accéléra sa course. Je me sentais faible soudain. Il fit passer le hoquet qui m'avait repris, à cause de l'émotion. Ses gestes me rassurèrent. Je m'efforçai de chasser cet égocentrisme, désespérément déplacé au vu des circonstances. Je continuai donc de lire.
- Liam adore me regarder. Maman se désespère qu'il ne se concentre jamais sur elle. A moi il adresse toujours des regards chargés d'une émotion dont je ne comprends rien. Dire que je peux comprendre n'importe qui d'autre ! J'espère que plus tard lui aussi je pourrai ressentir ses pensées avec facilité. Je passe un temps fou près de lui, Vanessa aimerait me voir mais moi je n'en ai plus envie. Je promène mon frère dans le palais, je l'emmène partout avec moi, même si ça implique de ne pas sortir longtemps. J'ai entendu papa expliquer à maman que c'est parce que je suis stérile, mais je ne suis pas d'accord. J'aime mon petit frère, qu'il y a-t-il de si incompréhensible à cela ?