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- Oubliez ce que je viens de dire, corrigea-t-elle. Comment vous sentez-vous, de retour sur votre planète ?
Nous discutâmes beaucoup et je l'appréciai bien. Elle était vive d'esprit, un peu timide mais somme toute très drôle. Lorsque tout le monde eut terminé de manger, nous dirigeâmes vers la bibliothèque.
L'après-midi je trouvai les livres dont les uns et les autres avaient besoin. Le soir certains insistèrent pour rentrer à la tombée de la nuit, mais seules deux séries d'informations me demeuraient introuvables. Au regard de ce que j'avais fait jusque-là cela représentait si peu de choses, que je tenais à terminer avant de partir. Liam me téléphona évidemment parce qu'il s'inquiétait, mais je l'envoyai paître au bout d'une longue négociation.
Grand mal m'en prit. Je rentrai au vaisseau avec mon groupe assez tard et je les suivis au restaurant. Ne me sentant pas la force de monter le lui demander de vive voix j'appelai Liam pour l'implorer :
- Liam, as-tu déjà dîné ? J'aimerais bien manger avec toi, j'avoue.
- Hum.
Il coupa la communication. Je m'étais tant changé les idées pendant cette longue journée de labeur, que les difficultés de la veille me paraissaient un mauvais rêve, loin de la réalité. Il s'agissait peut-être d'un coup de pouce de la prophétie. Mal à l'aise à cette idée, je rejoignis les autres et les écoutai parler de ce que je leur avais expliqué dans la journée. Bientôt je me surpris à répondre encore une fois aux flots de questions qu'ils se posaient. Liam arriva alors que je baillais une énième fois à m'en décrocher la mâchoire. Dès que je le remarquai, mon corps entier se tendit, de peur et de désir. Je piaffai. Son visage était fermé mais pour l'heure, j'ignorais pourquoi exactement. Aussi ma surprise fut-elle grande lorsqu'il grogna en me tirant pas le bras :
- Cesse de répondre aux questions, tu es épuisée. Veuillez excuser Aliénor, ordonna-t-il avec une telle autorité que tous se turent et s'écartèrent.
C''était sec, agressif, rien qui donnait envie de le remercier, somme toute.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? M'étonnai-je avant de commander ce que je voulais manger.
Il demanda la même chose avant d'asséner :
- Lorsque je te dis de rentrer, tu rentres, Aliénor.
Au départ, j'écarquillai les yeux. Mon pouls se mit à battre au fond de ma gorge. Ma queue fouetta l'air, de telle sorte qu'un son rapide m'indiqua que je lui avais fait mal. J'aurais voulu crier, mais rien de ce qui me vint à l'esprit ne me parut approprié. Le guerrier me possédait. C'était d'une logique implacable : dans une telle société, que valait l'avis d'une terrienne arrachée à son présent d'une traction de la main ? Je fis volte face pour gagner mes appartements, je n'avais plus faim, je n'avais rien à faire là, ce n'était pas mon peuple, qui colonisait ma planète. Ils avaient tué les descendants de ceux que j'aimais. Cet être-là était un tyran, je m'étais bien trompée sur son compte et...
- Qu'est-ce que j'ai fait ? Hurlai-je à Gareth lorsqu'il ouvrit sa porte ! Hips !